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Autonomies partagées : du 11 au 30 mai


Construire contre la servitude (volontaire) : Reconstruire la convivialité

Autour des recherches de François Seigneur

Carton d'invitation



"l’exposition, qui se tiendra du 11 au 29 mai réunira :

- les recherches de l’atelier N’TP – Aldric Beckmann – Françoise N’thépé
- les travaux de l’atelier «Utopies»  sous la direction de François Seigneur à l’ENSAB de 2006 – 2010
- les proposition rapides réalisées en WS dans les écoles d’architectures

- les interviews vidéo de professionnels et de penseurs.

- l’affichage critique des textes, citations et images de l’état de notre monde.

 

«  Les symptômes d’une crise planétaire qui va en s’accélérant sont manifestes. On en a de tous côtés cherché le pourquoi. J’avance pour ma part l’explication suivante : La crise s’enracine dans l’échec de l’entreprise moderne, à savoir la substitution de la machine par l’homme. Le grand projet s’est métamorphosé en un implacable processus d’asservissement du producteur et d’intoxication du consommateur.

La prise de l’homme sur l’outil s’est transformé en prise de l’outil sur l’homme. «

Ivan Illich - LA CONVIVIALITÉ – 1973

 

« Il faut toujours que les pensées de l’homme soient la maison où il habite »

Kierkegaard – Journal 1836/46

 

Ambitions

 

Dans les moyens d’opposition aux dérives consuméristes, individualistes, sécuritaires, climatiques et écologiques de notre monde, l’architecture n’est plus appelée. Collective, pavillonnaire, urbaine ou périurbaine elle se contente de reproduire les schémas d’un mode de vie rationalisé par un marché totalitaire et la tyrannie d’une esthétique planétaire et stérile.

Les rares projets d’un avenir habitable ne sont que des visions idéalisées et flatteuses, mégalomanies scientistes de milliardaires en mal d’un lyrisme domotisé et chlorophyllé qui, absolument inaccessibles financièrement au commun des mortels et en totale allégeance aux solutions productivistes, signent avec application l’épuisement de notre monde et condamnent toute convivialité.

Les images fussent-elles parfois séduisantes (?), la vocation de l’architecture n’est pas de mettre en œuvre les variations technocratiques et technologiques d’un stockage d’êtres humains inertes, isolés et asservis à des travaux sans âmes.

 

L’architecture n’est pas le design de dortoirs « verts », « solaires » ou « connectés»

 

Elle doit inventer les formes et les fonctions qui permettent la multiplicité des tâches, le partage, l’initiative, la convivialité, l’autosuffisance  et l’autonomie de ses habitants. Elle peut et doit s’inventer pour que « La prise de l’homme sur l’outil » ne se transforme pas « en prise de l’outil sur l’homme ». Elle doit imaginer des manières d’habiter complexes, généreuses et collectives, économes d’énergies et de gaspillages.

En améliorations permanentes, les technologies et les outils nécessaires à l’autonomie énergétique et la collecte d’eau potable existent. Leur utilisation est simple. Les surfaces de terre nécessaires à la production alimentaire biologique sont connues depuis longtemps. C’est à l’architecture de les intégrer dans des ensembles habitables, accessibles à tous, simples à utiliser, réparables et participatifs.

En se dégagent de son asservissement aux idéaux esthétiques, financiers et fonctionnels – minimalisme asséché, achromie, obsolescence, mono fonction - pour reconstruire le rapport fonctions/formes totalement disparu au profit de la forme pour la forme et permettre l’appropriation populaire, l’architecture pourrait reprendre sa vocation à faire vivre les hommes plutôt qu’à les stocker.

 

Même si beaucoup pourront trouver désastreuse l’inélégance supposée des propositions, ces recherches sont absolument nécessaire à notre survie.

 

Ne pas y croire est une erreur absolue.

 

 

Autour de mes propres propositions, l’exposition réunie :

- les recherches de l’atelier N’TP – Aldric Beckmann – Françoise N’thépé

- les travaux de l’atelier «Utopies»  que j’ai dirigé à l’ENSAB de 2006 – 2010

- les proposition rapides réalisées en WS dans les écoles d’architectures

- les interviews vidéo de professionnels et de penseurs.

- l’affichage critique des textes, citations et images de l’état de notre monde.

 

 

Développements

 

Nostalgique d’une position dominante, du fait du prince, du grand art, de la quadrature du cercle et de l’harmonie l’architecture a du mal à descendre au niveau des nourritures terrestres.

Le concept lui importe plus que le ressenti.

La rigueur du dessin lui importe plus que la vie.

Le rythme des ouvertures et l’ombre portée lui importent plus que l’ensoleillement du carré de salade.

La qualité du béton lui importe plus que la difficulté d’appropriation qu’il représente.

Le détail du détail est plus important que de savoir à quoi il sert.

La photographie de ses espaces habitables inhabités lui importe plus que tout.

Pour l’enfoncer définitivement, le marché l’oblige à être rentable et spéculative.

Exceptionnellement, je vais rejoindre mon vieil ami et associé.

« L’avenir de l’architecture n’est plus architectural » : J.Nouvel – Les cahiers de la recherche architecturale - 1980 - doctrines et incertitudes.

Si le mot est juste il n’a pas été entendu.

Le résultat global est accablant.

 

Il n’est pas question dans cette exposition, de poser l’architecture comme remède absolu mais de lui redonner sa place dans les actions collectives nécessaires à reconstruire l’équilibre de notre monde.

L’urgence n’est pas seulement climatique, elle est aussi essentiellement sociale.

Bâtir des collectivités complexes et reliées aiderait à de reconstruire l’entraide, la convivialité et le sentiment d’appartenir à quelque chose d’autre que soi-même ou de réseaux désincarnés.

 

Les propositions exposées s’opposent aux urbanismes et architectures de cellules dormantes surpeuplées,  collées les unes aux autres au milieu de déserts goudronnés, sans  activités et sans espaces communs, inertes et explosives, lamentables synthèses de notre asservissement au capitalisme carnassier qui dirige le monde.

Elles se définissent comme des espaces d’autonomies partagées, collectifs/actifs et autosuffisants en énergie, eau et nourritures (potagers, petits élevages....) et ayant besoin pour fonctionner de l’énergie et des savoirs faire de ses habitants.

Si l’évolution des technologies solaires, éoliennes et de stockage/restitution (air comprimé) offrent la possibilité d’autonomiser réellement des architectures individuelles et collectives, la possibilité de produire une nourriture dans des proportions significatives (50 à 100%) n’est possible qu’en acceptant de modifier considérablement nos comportements individuels, financiers et sécuritaires autant que nos critères esthétiques fondés sur une vision à bout de souffle de l’habitat mono usage.

L’obligation de mettre en œuvre les fonctions, les techniques, les surfaces et les formes nécessaires à leur mise en œuvre obligent à sortir des stéréotypes esthétiques.

L’occasion aussi de résister à « la domination de l’outil sur l’homme », c’est à dire, la robotisation, l’automatisation, la domotique, l’hyper sécurisation, la surveillance informatisée, le pré fabriqué, le pré pensé, pré défini, pré cuit… et, si j’osais un peu d’idéalisme, de résister aux ségrégations et autres racismes qui pourrissent les démocraties et le monde.

 

Entretiens filmés

L’exposition sera complétée par des entretiens filmés portant sur des angles de vues philosophiques, économiques, sociétaux autant que sur les énergies renouvelables et les cultures potagères partagées.

Destinée à tourner dans les écoles d’architecture, qui malheureusement restent encore très fermées à ces urgences, l’objectif de l’exposition et des interviews est d’éveiller fortement les consciences  des futurs architectes.

 


.  Annexe

 

Energies

 

Dans quelques années le stockage d’électricité « verte » sera résolu.

Eolien, solaire, pile à hydrogène, compression/décompression, électrolyse…

Les technologies, maîtrisées ou en passe de l’être à une échelle économique abordable, voient leur encombrement diminuer, les performances augmenter

Restera à résoudre les politiques de production et de distribution :

-          Macro ou micro échelle

-          Réseaux longs ou courts

-          Autonomie ou servitude.

-          Déresponsabilisation ou responsabilisation individuelle/collective

-          Réseau planétaire ou distribution rapprochée

-          Technologies simples ou complexes – CAP ou bac+5+ spécialisation.

-          Responsabilité partagée ou indifférence individuelle

 

Soit, nous acceptons la domination exclusive des réseaux planétaires maîtrisés par

les marchés financiers à circuits longs àmultinationales à« big brother » domotique àdéresponsabilisation àchômage à servitudes…

Soit nous choisissons des autonomies partagées à circuits courtsà travail manuelà responsabilisation individuelle à convivialité…

 

L’architecture se dessinera selon les choix qui seront faits entre ces deux catégories.

Autonomies /partages / appropriations ou mondialisation /déresponsabilisation / individualisme

 

La plupart des projets futuristes vont vers la déresponsabilisation individuelle et collective.

Hautes technologies, contrôle, sécurité, design, ségrégation, « Marchés financiers»

 

La production alimentaire subit la même catégorisation

-          Hautes  technologies, Serres superposées + LEDS + Hydroponie, chimie, architecture de verre, hyper design, ingénieur en salades bac +5

-          Potagers en pleine terre, permaculture en plein air ou sous serre, compostage, petits élevages, production associative, apprentissage

 

En 1995, pour les habitats de Denain j’avais écrit « pour ne pas mourir je ne finirai jamais ma maison, pourquoi finir celle des autres ». Le projet proposait l’autoconstruction, la convivialité, le partage, la responsabilisation des habitants. Les technologies de production et de stockage d’énergie étaient peu présentes

En 20 ans elles ont beaucoup évoluées . Leur mise en œuvre est plausible, leur utilisation reste simple et elles sont esthétiquement intéressantes.

Reste et restera la mise en forme des surfaces cultivables nécessaire à une production alimentaire significative ex : 100% = 200m2 4 personnes = paniers. Associées  aux fonctions d’un habitat partagé (co-voiturage, co-location, garderie, lingerie, ateliers de réparation, toilettes sèches, compostage, vente des produits, etc… ) elles régénèrent l’architecture".

 

François Seigneur

Paimpont le 5 mars 2015

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Dernière modification : 09/11/2015 11:14:25