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Fabriquer la prison : Pour une étude des « spatialités » au sein de cinq prisons belges et françaises


Intervenants Elsa Besson (Architecte et historienne) David Scheer (Criminologue) Laurent Solini (Sociologue)

Punition, contrôle, discipline, dissuasion, privation, amendement, instruction, thérapeutique, réhabilitation et depuis peu intégration de certains principes urbains ; les fonctions relatives à l’enfermement carcéral ne cessent de se multiplier y compris pour s’opposer les unes aux autres. La fabrique de la prison, des programmes de construction, aux premières esquisses en passant par les réaménagements quotidiens, est alors traversée par bon nombre d’illogismes qu’une observation fine des « spatialités » permet de mettre au jour.

Une enquête ethnographique de longue durée, menée au sein de cinq prisons belges et françaises, et couplée à un travail d’archives, permet alors d’appréhender les diverses modalités d’appropriation des espaces de l’enfermement. Lors de la conception, au moment où les espaces ne sont encore que figurés, durant le fonctionnement de l’établissement, une fois les lieux habités, aménagés, voire réaménagés, il s’agit d’interroger le rapport entre des atmosphères souhaitées ou tangibles et des usages anticipés ou existants. Les fonctions, les significations et même les identités imputées aux espaces sont d’abord le fait d’un positionnement, d’une orientation, du recours à la lumière naturelle, de l’utilisation de certains matériaux ou coloris, de la présence d’éléments de décoration tout autant que des usages qu’ils sont susceptibles d’accueillir.

 Au bout du compte, ce sont les spatialités carcérales qui révèlent, pourrait-on dire le mieux, l’ensemble des contradictions sur lesquelles reposent la fabrique d’une « prison mosaïque » aux missions et aux définitions multiples, considérée pour le moins comme l’insurpassée traduction de la peine.

 

Elsa Besson est architecte, diplômée de l'Ecole Nationale de Paris-La Villette. Elle a commencé en octobre 2013 un doctorat en histoire de l'architecture à l’université de Rennes 2 (EA 1279), sous la direction d’Hélène Jannière, et co-dirigé par Martine Kaluszynski (Pacte/CNRS/ Institut d’Études Politiques – Université de Grenoble). Intitulé « L’architecture carcérale en France et la constitution d’une science pénitentiaire internationale de 1846 à 1950 », le projet de doctorat se propose d’étudier, dans le champ de l’histoire de l’architecture carcérale française, ce qui se dessine au croisement de la pérennisation du réseau d’édifices carcéraux en France et des discours issus de la sphère juridique, notamment ceux issus des congrès pénitentiaires. L'histoire du droit est alors mobilisée, pour comprendre la circulation de grands modèles spatiaux au sein d'espaces de discussion spécialisés, alors aux mains d'experts du pénitentiaire et du pénal. Au sein du département d'histoire de l'architecture de l'INHA et en tant que chargée d'études et de recherches, elle participe aux différents programmes scientifiques, sous la direction d'Arnaud Timbert.

 

David Scheer est chercheur au Centre de Recherche Criminologiques de l’Université libre de Bruxelles. Ses recherches dans le champ de la pénologie portent principalement sur les politiques pénitentiaires et l’architecture carcérale. Sa thèse de doctorat, intitulée « Conceptions architecturales et pratiques spatiales en prison. De l’investissement à l’effritement, de la reproduction à la réappropriation » (2016, Fonds national de la recherche scientifique), s’intéresse aux espaces dans les prisons belges tant dans leur processus de conception que dans l’expérience et les usages des lieux. Il est également impliqué dans diverses recherches sur les évolutions pénitentiaires, principalement d’orientation sociologique : « Les prisons pours mineurs en France » (CNRS, sous la direction de Gilles Chantraine), « Les problèmes professionnels des directeurs de prison » (ULB, sous la direction de Philippe Mary), « L’architecture carcérale » (Mission de recherche Droit et Justice, sous la direction de Laurent Solini et Sylvain Ferez). Il a notamment publié : « Le paradoxe de la modernisation carcérale. Ambivalence du bâti et de ses usages au sein de deux prisons belges » (Cultures et Conflits, n°90, 2013, pp. 95-116), « Jeunes incarcérés en cellules individuelles. De la totalitarisation de l’expérience à l’utopie disciplinaire ? » (Déviance et Société, vol. 38, n°2, 2014), « La prison de murs troués… Essai d’analyse d’une microarchitecture carcérale de l’embrasure » (Champ pénal, vol. XI, 2014), « Lorsqu’un criminologue adopte un regard d’urbaniste pour étudier un objet architectural… » (CLARA Architecture/Recherche, n°3, 2015), « "Condamnés à l’immobilité ?" La prison contemporaine : De la quête disciplinaire au stockage des inutiles » (SociologieS, en ligne, 2015).

 

Laurent Solini a soutenu en octobre 2012 une thèse de doctorat en sociologie qui porte sur les expériences de détention des adolescents incarcérés en établissement pénitentiaire pour mineurs. En septembre 2013, il est recruté en tant que maître de conférences à l’Université Montpellier 1 et rejoint le laboratoire Santesih (EA 4614) où il intervient essentiellement au sein du Master « Prévention, éducation pour la santé et activité physique » (PESAP). Sociologue de l’enfermement carcéral, des expériences individuelles et collectives en détention, de l ‘architecture carcérale et des politiques pénales et pénitentiaires, Il est responsable de la recherche « L’architecture carcérale. Modernisation du bâti et expériences spatiales au sein de prisons belges et françaises » subventionnée par la Mission de Recherche Droit et Justice. Il a récemment publié : « Oh monsieur le blond, vous êtes qui hein ? ». Construire la communication avec les jeunes détenus en établissement pénitentiaire pour mineurs, Sociétés et jeunesses en difficulté, n°15, [http://sejed.revues.org/7998] et (avec J.C. Basson), « Intra-muros. La mise en scène de la vie carcérale en établissement pénitentiaire pour mineurs », Champ Pénal/Penal field, vol. XI, [http://champpenal.revues.org/8908] et (avec J.C. Basson et G. Neyrand) « Controverses et coalition de causes autour des figures du sport en prison. » in COLLINET C., TERRAL P. (dir.), Sports et controverses, Paris, Archives contemporaines, 2013.

 

Bibliographie indicative :

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