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CÉREMONIE DES PRIX ET RECOMPENSES DE L'ACADEMIE D'ARCHITECTURE et remise de la grande médaille d'or Mardi 13 juin


La cérémonie de remise des Prix et Récompenses 2017 de l’Académie d’Architecture s'est tenue le 13 juin 2017.
A cette occasion Marc Bédarida s’est vu décerner la médaille des publications d’une part pour la politique menée depuis 1999 dans le cadre des Éditions de la Villette (tâche pour laquelle une relève prochaine est à prévoir) d’autre part pour ses travaux sur Pouillon, Le Corbusier ou Chareau…

Réponse à Paul Quintrand, vice-président de l’Académie d’architecture

Marc Bédarida / Médaille des publications 2017

Merci, cher Paul Quintrand, pour cette présentation et je remercie également l’Académie d’architecture et son jury pour cette distinction. C’est un honneur de m’inscrire à la suite de Madame Allavena qui préside aux éditions Eyrolles. Mais aussi d’artisans de l’édition d’architecture comme Jean-Michel Place, Katia Imbernon ou Bernard Marrey car il faut souligner le fait que les grandes maisons d’édition françaises ont déserté le champ de l’architecture. Outre ces artisans audacieux que je viens de citer, il ne faut pas oubliés ceux qui sont tombés au champ d’honneur comme les éditions de l’Équerre, de l’Imprimeur, de la Passion… Une telle hécatombe ne rend que plus méritoire les initiatives des frères Rossi d’Infolio, de Bardou et Arzoumanian de Parenthèses ou de Nikola Jankovic de B2 et, dans un registre plus élargi, de Maïté Hudry de Norma pour ne citer qu’eux.

 Quelque soit ma contribution au développement des Éditions de la Villette, cette « médaille des publications » salue l’initiative - assez unique en son genre - prise en 1980 par l’École nationale supérieure d’architecture de Paris la Villette, alors UP 6, de fonder une maison d’édition. Sa vocation étant de publier les réflexions, recherches et travaux produits par l’ensemble des enseignants, chercheurs des écoles d’architectures françaises. Cette orientation préside toujours à nos choix éditoriaux.

 Au même titre qu’un projet d’architecture, une maison d’édition implique de nombreux acteurs qui concourent à son activité en premier lieu les auteurs qui proposent des projets ou qui répondent à nos sollicitations, puis les membres du comité de lecture, des traducteurs, des correcteurs, des graphistes, des imprimeurs et au-delà des diffuseurs-distributeurs enfin des libraires. A tous ces contributeurs, pour certains complices de longue date, j’adresse mes remerciements. J’exprime pareillement ma reconnaissance à Brankica Radic sans qui l’aventure au quotidien se serait pas aussi exaltante, sans oublier une pensée spéciale pour Milka Milatovic qui m’a soutenue pendant ces années et qui n’est plus là, en ce jour.

 Un livre ? Qu’est-ce au juste : un objet doté d’une double nature : discursive et matérielle : un texte, un dispositif. Qu’il soit imprimé ou électronique, peu importe car cela ne change rien à sa fonction de transmission et d’éducation.

Dans sa leçon inaugurale au Collège de France, le grand historien du livre - Roger Chartier - soulignait que l’écrit depuis la Renaissance avait servi à trois évolutions majeures de la société occidentale : la production d’écrits éclairés, la construction de l’appareil d’État et l’émergence d’une sphère publique,  soit : l’élaboration d’idéaux communs, la constitution d’une communauté et l’établissement de lieux de confrontation d’opinions. Des aspects qui évoquent immanquablement le récit de Vitruve sur la naissance de l’architecture et ce grand feu provoquant en retour la naissance d’un langage commun, suscitant la réalisation du premier groupement d’homme qui adjoignirent à leurs habitations l’agora, lieu du débat public.

 Nous voici donc loin du texte admirable qui fascina tant Frank Lloyd Wright, celui de Notre Dame de Paris où Victor Hugo prédit « Ceci tuera cela. Le livre tuera l'édifice ». Invoquant Henri Labrouste, une telle assertion fut combattue par l’historien Neil Levine montrant combien la bibliothèque Sainte-Geneviève contredisait cela en plaçant le lecteur au sein de la « mémoire du monde » et en donnant à ses façades un aspect comme imprimé avec ses inscriptions. Plus récemment André Tavarés s’est employé à démontrer comment « livre » et « architecture » fonctionnent de manière analogique en terme de texture, surface, rythme, structure, échelle, etc.

 Les architectes de la Société centrale posant à leur table de travail devant leurs bibliothèques (merveilleuses photographies  dans les collections de l’Académie), plus encore Le Corbusier avec Vers une architecture ou Rem Koolhaas avec S, M, L, XL ne récusaient-ils pas ce prétendu antagonisme en étant tour à tour des « lecteurs bâtisseurs » puis, comme se qualifiait El Lissitzky à l’occasion, des « constructeurs de livre » ?

 En conclusion, j’ajouterai que si la tâche de l’architecte est de rendre le monde plus hospitalier en lui donnant forme et sens, cette mission première renvoie à la fonction du livre, définie par l’ex-directeur de la New York Public Library puis d’Harvard University Library, Robert Darnton, celle de : «  mettre en forme la matière du monde ».

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