Ministère de la Culture et de la Communication

Direction de l’architecture et du patrimoine

Sous-direction des enseignement et de la recherche architecturale et urbaine

Bureau de la recherche architecturale et urbaine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mise en œuvre de la réforme LMD

dans les écoles d’architecture

 

 

 

Groupe de travail “ doctorat ”

 

 

Rencontres internationales sur le doctorat en architecture – Université de Princeton – 2-3 avril 2004

Compte-rendu et entretiens complémentaires – Panos Mantziaras, chargé de mission DAPA/BRAU

avril 2004

12.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Introduction..... 3

 

Première table ronde............. 4

Deuxième table ronde............. 7

Troisième table ronde........... 10

Quatrième table ronde........... 12

 

Entretien complémentaire n°1 : Kenneth Frampton..... 14

Entretien complémentaire n°2 : Antony Vidler.......... 16

Entretien complémentaire n°3 : Marc Wigley......... 19

 

Annexe n°1 : programme du colloque....... 21

Annexe n°2 : éléments biographiques des participants................... 23

 

 

 


 

Introduction

 

 

Au début du mois d’avril 2004, un colloque international intitulé “ Discipline building ; a short history of the Ph.D. in architecture ” a eu lieu à l’Ecole d’architecture de l’Université de Princeton. Focalisé sur les problématiques, les méthodes et les corpus visant au développement des études doctorales en architecture, ce colloque était fondé sur l’expérience d’un séminaire doctoral mené sur le même thème par Beatriz Colomina, professeure à l’Ecole d’architecture de Princeton en 2002. Ce séminaire était centré sur les productions doctorales à partir des années 1960 dans le contexte nord-américain. A cette période-là, quelques écoles d’architecture “ de premier rang ” (Penn, Princeton, MIT, Berkeley, Cornell) se sont engagées dans une série de débats sur la nécessité de former des historiens en architecture aptes à contribuer directement à la formation professionnelle des architectes. Très rapidement, ces échanges ont abouti à l’établissement de programmes doctoraux dans ces mêmes écoles, provoquant une importante évolution au sein de la formation architecturale à travers de nouvelles formes d’enseignement et de production scientifique. Aussi le colloque de Princeton s’est-il proposé de tirer un bilan de cette période de 30 ans, tout en esquissant les contours d’une évolution possible.

 

Le colloque a été introduit par Beatriz Colomina qui a fait un bref retour sur l’histoire des formations doctorales aux Etats-Unis, la première d’entre elles ayant été celle de l’Université de Pennsylvanie en 1964, suivie à la fin des années 1960 par celle de Cornell, puis celle de Princeton, celle du MIT et, plus tard, au tournant des années 1990, les formations doctorales de Harvard et Columbia. De manière très significative, il a aussi été mentionné que la première formation de Master en architecture a été inaugurée en 1965, en relation directe avec la question doctorale. Beatriz Colomina a tenu à souligner que ces nouvelles formations doctorales ont particulièrement contribué à la renommée des écoles d’architecture, ayant des effets directs sur les méthodes et les contenus de l’enseignement à tous les niveaux du cursus.

 

A l’instar de l’auteure Gertrude Stein, la professeure de Princeton a souhaité insister sur le fait que les formations doctorales ont permis, non pas seulement d’apporter des réponses, mais plutôt de poser et reposer des questions scientifiques de manière aussi incessante que créative. Beatriz Colomina a également fait allusion à l’opposition féroce que ces nouvelles formations ont rencontré de la part des autres départements et programmes doctoraux des Universités. Cette période pionnière a été suivie par une deuxième phase caractérisée par un environnement de collaboration accrue avec les disciplines dites “ connexes ” (histoire, histoire de l’art, anthropologie, sociologie, littérature, etc.) et par de nouvelles configurations interdisciplinaires. Dans ce contexte universitaire aussi sophistiqué que compétitif, les premiers programmes ont été labellisés le plus souvent sous le titre “ Histoire, théorie et critique ” (dorénavant HTC dans le texte), contribuant ainsi à la formation d’un champ de réflexions architecturales spécifiques. Ils ont produit un nombre important de docteurs en architecture. Une grande partie d’entre eux enseigne aujourd’hui, certains ayant pris la relève à la tête de ces mêmes programmes. Les autres titulaires d’un doctorat en architecture poursuivent avec succès une carrière d’architecte maître d’œuvre.

 

Parallèlement, selon Beatriz Colomina, les formations architecturales de premier et deuxième cycle ont vu de plus en plus la participation de doctorants au “ design studio ” (atelier de projet), suggérant ainsi l’interactivité entre l’activité théorique et l’activité projectuelle. Une autre évolution du dispositif doctoral concerne la provenance des doctorants qui n’ont plus obligatoirement une formation initiale d’architecte (comme c’était le cas au début de cette période). Ainsi s’expriment les compétences “ extra-architecturales ” de plusieurs enseignants au sein de ces programmes, un tel “ brassage ” ayant à améliorer et à diversifier les méthodes d’enseignement et de recherche tout en indiquant de nouveaux horizons de collaboration interdisciplinaire.


 

Première table ronde

 

 

La première table ronde de ces journées d’étude a introduit le thème “ Ecrire l’architecture : architectes contre historiens ” (Writing architecture : architects vs. historians). L’objectif était le suivant : rendre compte de cette nouvelle forme disciplinaire l’histoire de l’architecture et de ses rapports avec la production actuelle des architectes “ en train d’écrire histoire ”. En inversant ce schéma, la question posée a tenté d’expliciter l’influence des historiens de l’architecture dans l’exercice contemporain de la profession.

 

Peter Eisenman, architecte et enseignant. Fondateur dès 1966 de l’Institut pour l’architecture et l’urbanisme, Peter Eisenman édite Skyline en 1976 et devient l’un des principaux architectes qui “ réfléchissent et écrivent ” sur l’architecture. Résistant au schéma imposé par le thème de cette première table ronde, il affirme ne pas percevoir une opposition entre histoire de l’architecture et pratique de l’architecture, mais plutôt une connexion directe telle que précisée déjà dans le Della pittura d’Alberti. Jeune boursier Fullbright, voyageant en Italie avec Colin Rowe, Peter Eisenman a défini la réflexion architecturale comme celle qui permet de “ voir l’invisible ” (see the unseen). Si opposition il y a entre histoire et pratique, de son point de vue, elle se trouve dans la différence entre “ regarder des faits ” d’une part, et “ regarder des concepts ” d’autre part (looking at facts vs. looking at concepts). Résolument en faveur de la seconde attitude, il rappelle que le travail de Manfredo Tafuri à l’Institut universitaire d’architecture de Venise a été le premier à mettre en place des méthodes historiques qui, sans être opératoires, interrogent clairement les pratiques architecturales (schéma qu’il verrait également dans le tandem Robin Middleton vs. Kenneth Frampton). Pour Peter Eisenman, le Ph.D. ne devrait pas être un diplôme post-professionnel mais une synthèse entre la question opératoire et les interrogations propres à la discipline. Contre une acception “ trop artificielle ” du Design Doctorate (telle que récemment définie par Harvard), le Ph.D. aurait non seulement à interroger le regard de l’architecte, mais aussi à s’inscrire dans la poursuite systématique d’une certaine idée théorique, conceptuelle et synthétique. De l’avis de Peter Eisenman, les trois principaux livres d’architecture qui ont marqué la période d’après guerre (Learning from Las Vegas, Storia della città, Delirious New York) ont également enclenché une évolution particulièrement fertile qui coïncide avec l’apparition des doctorats en architecture.

 

Sarah Whiting, professeure à l’Ecole d’architecture de l’Université Harvard. Intéressée par une forme d’expression articulant la discipline de l’écriture et celle de l’architecture, Sarah Whiting entame son propos sur le manque de culture et de connaissance historique de la plupart des architectes et étudiants. D’où l’importance qu’auraient à ses yeux les “ voix ” sur l’architecture. Par ailleurs, la métaphore, outil rhétorique nécessaire à l’expression desdites “ voix ”, serait aussi une stratégie de propagande de concepts architecturaux. Elle appuie son affirmation en prenant l’exemple de l’architecte Alejandro Zaera Polo et de sa façon d’argumenter ses projets d’architecture par une traduction littérale de métaphores spatiales (cf. le paysage dans le cas du Ship Terminal à Yokohama).

 

Diana Agrest, architecte, enseignante. En se présentant comme une architecte “ qui réfléchit et écrit ”, Diana Agrest souhaite identifier les moments de rupture dans la circulation des concepts architecturaux et urbains (en distinguant bien les deux). De tels moments seraient, de son point de vue, l’expression de l’échec du fonctionnalisme, notamment dans l’emprunt des concepts architecturaux par l’urbanisme. Diana Agrest affirme vouloir ainsi chercher les possibilités de penser la ville en dehors du paradigme fonctionnaliste. Pour elle, l’analogie et la métaphore, la linguistique, la sémiotique, la cybernétique, la philosophie… seraient des domaines à partir desquels il deviendrait possible d’aborder les relations ambiguës et fragiles entre les échelles du bâtiment et les échelles de l’urbain. A ses yeux, l’enjeu serait d’instituer un discours critique avant d’installer un discours normatif, une posture réflexive plutôt que positiviste.


Marc Jarzombek, professeur, directeur du programme HTC au MIT. Architecte et historien, Marc Jarzombek n’exerce pas une activité professionnelle de maître d’œuvre. Il se pose la question des rapports entre écriture historique et écriture tout court. Il rappelle que la revue Archithèse paru à Zurich en 1972 était liée à ceux qui enseignent aujourd’hui l’histoire de l’architecture (Tafuri, Oechslin, Cohen, etc.). Cette publication a été la première, selon lui, à présenter de manière méthodique le mouvement des constructivistes. Une telle initiative a conduit plus tard à la grande exposition du Guggenheim. Elle a également conduit à “ l’exécution finale ” de ce courant dont la radicalité a été consommée par les expositions et la diffusion formelle au sein de la pratique. Selon Marc Jarzombek, un double phénomène apparaît ainsi : la recherche sur les avant-gardes en même temps que l’académisation du discours. Si l’on part du fait qu’un doctorant en architecture “ coûte ” à l’université la somme de 250 000 dollars pour l’ensemble de ses études, il convient d’évaluer avec précision les relations entre l’investissement d’une recherche historique et l’évolution de la profession d’architecte. A ses yeux, la phénoménologie comme posture faussement critique a créé une faille entre la recherche et la pratique. L’anti-théorie que la phénoménologie représente, selon lui, a conduit à l’évacuation de thèmes clés de la pensée architecturale. Il conviendrait donc de constater avec lucidité que théorie, histoire et critique se sont éloignées des questions fondamentales de la pratique professionnelle de maîtrise d’œuvre. De fait, cette évolution aurait laissé la place à de nouvelles formations doctorales sur le développement durable, le design, la technologie du bâtiment et l’informatique.

 

Denise Scott Brown, architecte, enseignante. Sur la base de son activité d’architecte (avec Robert Venturi), de son expérience d’enseignante et de ses compétences d’assistante à la maîtrise d’ouvrage au cours de ces quatre dernières décennies, Denise Scott Brown introduit un schéma triangulaire illustrant le rapport théorie-pratique : “ regarder+apprendre / dessiner+construire / penser+écrire ”. A la question de Marc Jarzombek sur les lectures des architectes (how do you get architects to read ?), elle note la différence fondamentale entre le monde académique et la profession. Avec son fameux ouvrage Learning from Las Vegas, elle aurait voulu irriguer le monde académique par les préoccupations professionnelles du “ faire ” (professionalize the academy). Par là même, elle aurait souhaité ouvrir le monde académique à d’autres champs disciplinaires que l’histoire : les structures, la planification, la sociologie, etc. Elle entendait ainsi réconcilier les métiers de l’architecture et la recherche basée sur les sciences sociales. Soucieuse des problèmes de rigueur et de discipline liés à la production des connaissances, elle a mis en place des cours sur les théories de l’architecture et de l’urbanisme. A l’Ecole d’architecture de l’Université de Pennsylvanie, au début des années 1960, avec Robert Venturi, elle a enseigné les maisons vénitiennes du XVIème siècle, les Levittowns, la théorie vitruvienne et l’architecture “ post-chrétienne ”. C’est par ce biais que Venturi et Scott Brown se sont positionnés en faveur d’une “ professionnalisation de l’histoire ”, en faveur d’une recherche architecturale appliquée (on the applied end of research). L’écriture et la critique seraient ainsi résolument une aide à la pratique.

 

Discussion. Les échanges avec le public commencent sur la base d’une remarque de Peter Eisenman selon laquelle la “ professionnalisation ” des doctorats aurait amené à un étouffement des positions générales et globales sur l’architecture. De son point de vue, en effet, malgré l’épanouissement de la critique architecturale à partir du début des années 1980, aucun livre important sur la discipline n’aurait vu le jour. Il signale aussi que le livre de Reiner Banham, Theory and Design in the First Machine Age (1960), a été la première histoire de l’architecture basée sur une thèse de doctorat. Marc Jarzombek rebondit en confirmant que la multiplicité des domaines disciplinaires ayant à accueillir l’élaboration d’une thèse en architecture risque de renforcer une incapacité chronique à produire un “ grand discours ”. Sarah Whiting, quant à elle, ajoute que cela devient de plus en plus difficile de trouver un “ dénominateur commun ” à partir duquel une théorie “ synoptique ” de l’architecture pourrait émerger. Afin de chercher ce dénominateur commun et, éventuellement, de laisser les études post-doctorales s’aventurer dans les domaines connexes tels que le développement durable ou l’informatique, Peter Eisenman suggère à cet égard que les doctorats en architecture soient maintenus dans la discipline. De son côté, Antoine Picon rappelle qu’un journaliste avait prévu durant les années 1940 que les livres d’architecture seraient bientôt obsolètes et que les revues prendraient le dessus ; quelques années plus tard, les ouvrages de Giedion et de Banham le démentaient. Stanford Anderson répond que, contrairement aux domaines professionnels de la maîtrise d’œuvre architecturale, le Ph.D. possède un caractère fondamentalement académique. Peter Eisenman rebondit aussitôt pour insister sur la différence qu’il perçoit entre “ écrire ” et “ lire ” – c’est-à-dire entre l’exercice académique et le traitement par l’écrit d’un quelconque sujet. Frédéric Migayrou rajoute à cela qu’effectivement la différence entre Einfüllung et Abstraktion a été théorisée depuis déjà le XIXème siècle. Cette différence survit aujourd’hui dans les différents objets de recherche appréhendés dans une thèse de doctorat et dans un livre d’architecte. Il remarque également qu’il y aurait aujourd’hui un nouveau projet d’historicisation de l’architecture. Michael Hays note que les architectes ne sont pas formés pour écrire, ce qui leur procure un savoir-faire limité dans l’exercice de l’écrit. Beatriz Colomina admet pour sa part que les thèses de doctorat soutenues dans les écoles d’architecture ont un caractère particulier. Marc Cousins, en souscrivant à cette idée, remarque néanmoins que les doctorats en histoire de l’architecture dérivent fréquemment de l’histoire de l’art. Stan Allen souligne à son tour que les doctorats en architecture sont plus proches d’un travail synthétique et que d’un travail projectuel. Enfin, dans ces domaines où l’écrit d’architecture tend vers la confidentialité, Marc Wigley voit se dessiner une véritable différence entre “ l’écrivain engagé ” et “ l’académicien ennuyeux ”.


 

Deuxième table ronde

 

 

Focalisée sur les programmes fondateurs aux USA, la deuxième table ronde s’est organisée autour de l’influence de ces formations doctorales sur le statut des écoles d’architecture au sein des communautés académiques. Elle a également suscité des échanges sur l’intérêt du doctorat en architecture pour la formation des architectes.

 

Christian Otto, professeur d’histoire de l’architecture et de l’urbanisme au Collège d’architecture, d’art et d’urbanisme de l’Université de Cornell. Avec son intervention intitulée “ Program and Purpose ”, Christian Otto structure son propos autour de deux questions : “ le doctorat en architecture a-t-il influencé l’architecture ? ” ; “ la connaissance de l’histoire influence-t-elle les architectes ? ”. A la première question, il a répondu par la négative. A la seconde question, il a répondu : “ de moins en moins ”. Il saisit ainsi l’occasion d’analyser le travail des enseignants au sein de ces programmes doctoraux, la nature des contextes institutionnels qui les ont alimentés, ainsi que les méthodes de travail qui ont été élaborées et proposées aux étudiants. Christian Otto explique notamment que la création du Master en architecture à Cornell, en 1961, a conduit à la mise en place du doctorat en histoire et théorie, en 1970, avec comme objectif premier de servir l’enseignement du projet d’architecture à l’école. Présent à Cornell dès 1962, Colin Rowe présentait déjà les “ artifices historiques ” (historical artefacts) comme éléments fondamentaux du processus de projet s’appuyant sur l’importance du passé (importance of precedents). Selon Christian Otto, cette approche a été remplacée par une activité de “ collecte d’évidences ” afin de prouver une hypothèse (collection of evidence to make the case). La localisation de Cornell dans un milieu rural, loin des complexités de la ville, aurait davantage engagé les enseignants et les étudiants dans des investigations d’ordre théorique sans mobiliser directement le visuel. Lors de cette entreprise, la question d’interprétation et de sens a été primordiale : dialectique entre théorie et pratique, importance de la narration (moyen de validité et d’accréditation), etc. Toute cette problématique culturelle a été menée au travers de l’étude de la forme architecturale.

 

Kathleen James-Chakraborty, historienne de l’art, professeure à l’Université de Berkeley. Si le doctorat en architecture s’impose au sein des enjeux théoriques sur la base des enjeux pratiques, c’est précisément parce que s’opèrent les mutations internes du système académique. Kathleen James-Chakraborty s’interroge sur la nature de ces changements académiques qui pourraient conduire à des changements dans les pratiques professionnelles de la maîtrise d’œuvre architecturale. Elle suggère de prendre comme exemple le cas de Christopher Alexander qui, à l’époque, nouvel enseignant à Berkeley titulaire d’un doctorat de l’Université de Harvard, a mis en place un enseignement basé sur l’étude du comportement spatial des individus et des groupes dans les années 1960. Avec un autre point de vue, Charles Moore arrive dans la même période à Berkeley avec un doctorat de l’Université de Princeton. L’arrivée de ces deux personnalités importantes coïncide avec le passage à un schéma pédagogique 4+2 dans le cursus de l’Ecole d’architecture de Berkeley (qui à l’époque avait le plus grand nombre d’étudiants aux USA). Elle correspond également au développement de l’enseignement de l’histoire de l’architecture qui a pris une place plus importante, notamment dans le cursus de Master, le Ph.D. s’effectuant au sein du Community Design. Très rapidement, il y a eu quatre grands domaines de formation doctorale en architecture : le design ; l’histoire et la philosophie ; les sciences de la construction ; les sciences du comportement. L’histoire de l’architecture a pris un nouvel essor en 1965 avec la présence de Spiro Kostof qui, en s’éloignant du département des arts, s’est concentré davantage sur la question de la ville. Spiro Kostof a ainsi fondé le doctorat en histoire de l’architecture en 1968, prenant une certaine distance avec les questions de la profession, et reconnaissant de fait le milieu des écoles d’architecture comme creuset de l’histoire de l’architecture. Le grand changement survient à Berkeley, selon Kathleen James-Chakraborty, à partir du moment où s’impose, au sein du programme doctoral, une majorité de compétences disciplinaires “ non-architecturales ”. Un nouveau programme de doctorat en architecture consacré au monde “ non-occidental ” a ainsi vu le jour : “ Environmental design in developing countries ”. Sur une dizaine d’enseignants titulaires d’un doctorat, seul un était docteur en architecture. De son point de vue, cette réalité aurait changé, non pas tant l’enseignement du projet d’architecture, mais plutôt la manière d’écrire l’histoire de l’architecture et de la ville.

 

Sylvia Lavin, historienne d’art, directrice du département d’architecture de l’UCLA. Sous le titre très actuel “ Lost in translation ”, Sylvia Lavin rappelle que, parmi les participants au colloque, il en est certains qui ont changé leur perception de l’architecture en publiant leurs propres ouvrages (Eisenman, Anderson, Vidler). Parallèlement, Sylvia Lavin s’interroge sur ce qu’est réellement la place réservée à la critique architecturale. Pour ce qui la concerne, elle rappelle qu’elle a rejoint tardivement mais efficacement le club des Ph.D. en passant par toutes les étapes de maturation. Etant plutôt tournés vers la technique dans les années 1970, les doctorats de l’UCLA ont évolué vers la critique dans les années 1980 pour s’orienter vers l’histoire dans les années 1990. Cette dernière phase d’évolution des formations doctorales en architecture a permis de mettre face à face l’histoire de l’art et l’histoire de l’architecture. Elle a également permis de révéler l’opposition entre la “ rigueur linguistique ” exigée pour la formation doctorale académique et la “ rigueur projectuelle ” exigée par l’expression spécifique d’une culture architecturale. Dans son université, Sylvia Lavin note une certaine résistance au langage et à l’écrit au sein du département de l’architecture. Mais elle ajoute aussitôt que, de son point de vue, les deux compétences langage+design sont indispensables pour l’exercice doctoral. Sylvia Lavin pense enfin que l’on a trop facilement accepté l’objection “ tafurienne ” à la critique opératoire en créant ce qu’elle appelle le “ gouffre tafurien ” (Tafurian gap). A ses yeux, une telle prise de position aurait démuni la critique architecturale de son rôle opératoire. C’est pourquoi elle prône un retour à la nouveauté (newness) permettant d’innover dans les objets, les contenus et les méthodes de la recherche.

 

Stanford Anderson, architecte, professeur, directeur du Département d’architecture au MIT. Au début de son intervention, Stanford Anderson remarque qu’avec la référence à James Ackerman co-existent à l’occasion de ce colloque de Princeton six générations de théoriciens et historiens de l’architecture. Il esquisse ensuite une petite histoire du doctorat en Histoire, Théorie et Critique (HTC) à l’Ecole d’architecture du MIT dont il a été co-fondateur et directeur pendant presque trois décennies. Enseignant l’histoire et la critique architecturales au MIT, Stanford Anderson a présenté en 1972, avec un groupe d’enseignants, un premier projet de programme doctoral en théorie, histoire et critique de l’architecture. Il s’agissait à l’époque d’inventer de nouvelles méthodes historiographiques, analytiques et critiques. La première inscription officielle de doctorants a eu lieu à l’automne 1974 et le programme complet a été mis en place dès 1975. Parmi les premiers visiting professors figuraient Werner Oechslin et Manfredo Tafuri. Par ailleurs, dans les années 1970, a été créé le programme Aga Khan qui reste aujourd’hui le cadre institutionnel et financier le plus précieux pour l’étude de l’architecture et de la ville arabes. Enfin, selon Stanford Anderson, le doctorat HTC en architecture du MIT doit sa réputation à la présence d’architectes doctorants venus du monde entier.

 

Anthony Vidler, architecte, professeur, directeur de la Cooper Union. De son point de vue de fondateur du programme doctoral de Princeton, Anthony Vidler voit cette expérience comme ayant ouvert la boite de Pandore, une boite d’une “ étrangeté inquiétante ”, faisant ainsi allusion à son ouvrage The architectural uncanny. Pour préciser les choses, Anthony Vidler revient à cette période de la fin des années 1960 où existait un programme conjoint en architecture et urbanisme. Dans ce cadre institutionnel, le premier programme doctoral en architecture a eu pour titre “ Analyse et théorie ”, l’histoire étant une “ appellation contrôlée ” de l’histoire de l’art. Les premières recherches telles que celles menées sur les constructivistes par Kenneth Frampton ont ouvert des pistes de réflexion encouragées par le directeur de l’école, Michael Graves, qui a permis aux historiens de poursuivre leurs investigations sans entraves. C’est ainsi que la recherche doctorale en architecture s’est imposée comme étant un lent processus d’élaboration du “ savoir ” sur une discipline du “ faire ”. C’est ainsi également, selon Anthony Vidler, que la recherche architecturale a permis de créer la matrice intellectuelle de la profession d’architecte.

 


Discussion. La discussion ouverte avec le public s’engage sur la base d’une question posée par le modérateur, Anthony Vidler, sur l’influence du Ph.D. en architecture au sein des universités. Sylvia Lavin perçoit pour sa part une nécessité de revisiter les questions de goût et de style. Elle signale en même temps que plusieurs écoles d’architecture sont aujourd’hui dirigées par des historiens-théoriciens. Anthony Vidler remarque que ce sont véritablement les doctorants qui, par leurs travaux, créent l’espace intellectuel qui favorise la rencontre entre différentes disciplines. Pour Michael Hays, il paraît évident que ces jeunes chercheurs sont justement appréciés pour leur capacité à “ naviguer de manière créative ” entre plusieurs disciplines. A l’inverse, Sylvia Lavin rétorque que cette “ navigation entre disciplines ” est souvent jugée comme peu rigoureuse et nuit selon elle à la constitution d’expertises scientifiques solides. Elle tient à souligner que les docteurs en architecture ont souvent des problèmes de “ consistance ”. Pour revenir à la question posée, Marc Jarzombek considère que l’influence du Ph.D. en architecture sur l’institution universitaire est plutôt indirect et s’inscrit dans le long terme. Marc Cousins remarque aussi que ce rapport à l’Université est difficile à accepter de la part des étudiants. Karl Schorske précise de son côté que le milieu du doctorat en architecture a influencé les différents groupes locaux de l’Université de Berkeley. Il a pu s’insérer dans un débat créé par la conscience civique et un certain régionalisme. Christian Otto souligne quant à lui que, dans un domaine hybride où se mêlent les enjeux professionnels et les enjeux académiques, le problème de la “ question intéressante à traiter ” reste actuel. Dans cet ordre d’idée, Catherine Ingraham se demande si la discipline architecturale est en crise de problématiques. Sylvia Lavin affirme enfin que cette anxiété autour du problème de la “ bonne question ” est contre-productive. Elle conclut en disant qu’il serait bien plus pertinent et souhaitable de rétablir une nécessaire confiance dans la créativité intellectuelle.


 

Troisième table ronde

 

 

Sous le titre inspiré de “ Gardiens des portes ” (GateKeepers), la troisième table ronde a mis l’accent sur la question des archives et de la diffusion de l’information : quelle est l’influence des livres, des articles, des conférences et autres formes de médiation sur les modes de perception et de “ consommation ” (consumed) de l’architecture en dehors du monde académique ? La table ronde et la discussion ont été modérées par Felicity Scott, professeure au Département d’histoire d’art de l’Université de Californie à Irvine, fondatrice de la revue Grey Room.

 

Phyllis Lambert, fondatrice et directrice du Centre Canadien d’Architecture (CCA). En décrivant sa collection d’archives comme fondée sur une matrice épistémologique précise mais évolutive, Phyllis Lambert met l’accent sur la nécessité vitale qui impose que les archives soient continuellement soumises à l’examen des experts. La recherche ne serait ainsi pas sous contrôle d’accès, comme l’implique le terme de Gatekeeper, mais plutôt sous le contrôle du scientifique qui valide sa pertinence. L’archive dérivant du grec “ Arché ” (début - principe) et intimement lié à “ l’Archoon ” (le souverain - le princeps) signifie le passage souverain du privé (l’archive cachée) au public (l’archive exposée). Ce serait ainsi la qualité d’ouverture (openness) qui définirait les termes d’usage. L’enjeu est de taille, selon Phyllis Lambert, car l’architecture et la ville (leurs perceptions et leurs usages) dépendent toujours des niveaux d’alphabétisme (litteracy) du public. C’est ce que doit avoir comme mission principale un musée d’architecture et cela définit largement les origines, le développement et le programme des archives du CCA. De nouveaux problèmes apparaissent pourtant face à l’évolution des nouvelles technologies liées à l’architecture et aux archives. De l’avis de Phyllis Lambert, ce sont aussi des problèmes ontologiques sur la valeur artistique et historique des sources de l’histoire de l’architecture.

 

Frédéric Migayrou, philosophe, écrivain, conservateur en chef. Etant aux origines de la collection d’architecture du FRAC de la région Centre en France, Frédéric Migayrou s’interroge sur cette opposition entre gatekeeper et doorman (gardien vs. concierge) qui irrigue la question des archives et des sources. Son propos veut introduire le problème du passage d’un stade à un autre, du stade du simple “ racolage d’objets ” au stade de l’institutionnalisation de la collection et, par conséquent, à la reconnaissance publique de cette activité. Cela pose de manière permanente, à ses yeux, le problème de la “ fiction des origines ” (fiction of origins) de ces fragments que sont les œuvres architecturales collectionnées : quelle serait l’unité initiale à reconstruire à travers la collection ? Frédéric Migayrou rappelle que le premier collectionneur public des temps modernes fut Richelieu et que, appuyé sur les richesses de son roi, celui-ci s’était également posé la question d’une unité syntaxique des objets collectionnés. L’idée de l’autonomie posée par cette unité syntaxique auto-référentielle conduirait à celle de l’utopie, également non-contextuelle. L’architecture moderne serait ainsi en grande partie appuyée sur cette autonomie utopique ; autonomie utopique sur la base de laquelle elle aurait inventé elle-même sa propre histoire “ provisionnelle ” (cf. discours historiques de Giedion, Banham, etc.). Bizarrement, mais aussi très efficacement, les revues d’architecture auraient contribué cette collection moderne. Selon Frédéric Migayrou, cette activité de collection trop autonome laisse entier le problème d’une “ herméneutique productive ”, et donc la question d’une extériorisation du sujet de l’architecture. A la suite de son expérience déjà longue, il affirme poursuivre sa collection en tant que “ collection d’une archéologie de la réflexion sur l’architecture ”.

 

Michael Hays, professeur, directeur du programme doctoral de Harvard. Sur cette question très actuelle, selon lui, de l’autonomie, Michael Hays poursuit la discussion et revient également sur le “ projet d’autonomie ” de la pratique professionnelle souvent présent dans les recherches doctorales. Il perçoit que cette préoccupation a orienté les travaux de recherche vers une nouvelle “ épistème ” à partir des années 1980, celle-ci étant à même d’appréhender les différences entre l’en deçà de la discipline (l’autonomie) et l’au delà de la discipline (la transdisciplinarité). Selon Michael Hays, si la production architecturale est un objet de connaissance, son système de production n’est pas étranger à d’autres domaines disciplinaires (anthropologie, sociologie, etc.). En effet, ces disciplines influenceraient les processus architecturaux. Michael Hays note qu’à Harvard il existe une différence voulue entre le Ph.D. et le Doctorate of Design ; une différence qui n’est autre que celle qui sépare l’exercice académique de l’exercice professionnalisant. Tourné vers le passé, le Ph.D. serait “ anachronique ”. Lié à des questions du futur, le Doctorate of Design aurait une vocation projectuelle mobilisée par la transformation. Par ailleurs, il convient aussi de prendre en compte une différence entre “ lire ” et “ voir ”. Le Ph.D. serait ainsi une contre-mémoire de la pratique (counter-memory to practice). Il obligerait à comprendre le contexte (historique, physique, technique, etc.) afin de comprendre l’architecture. Dans ce cadre, l’interdisciplinarité serait instrumentalisée de la même manière qu’elle l’a été par l’Ecole de Francfort qui a mis en relation la psychanalyse et le marxisme pour produire à nouveau du sens. La force démystifiante de ce sens nouveau serait aussi à chercher dans l’analyse architecturale du bâtiment et, ce faisant, le Ph.D. aurait un rôle majeur à jouer dans la formation des nouveaux pédagogues des écoles d’architecture.

 

Sanford Kwinter, professeur à l’Université Rice (Houston). En citant une lettre de Schiller adressée à Goethe et reprise dans un texte nietzschéen, Sanford Kwinter rappelle le débat du XIXème siècle sur l’utilité de l’étude du passé. Il suggère notamment que l’étude académique de l’architecture (the scholarly study of architecture) devrait pouvoir bénéficier de ceux qu’il appelle les effets secondaires “ biaisés ” dans la musique atonale d’Arnold Schönberg. Des problèmes de classification disciplinaire et de catégorisation académique ne devraient pas, selon Sanford Kwinter, faire obstacle à l’ouverture théorique de l’architecture vers des champs d’investigation jusqu’ici considérés comme non-orthodoxes ou hors sujet. La question du doctorat en architecture devrait-elle assumer les conflits entre l’institution académique et la société elle-même ? L’élaboration des connaissances en architecture serait-elle le reflet d’un corps de professionnels (enseignement, recherche et pratique) où la réponse à des questions exprimées en dehors de l’enceinte universitaire ?

 

Discussion. Felicity Brown a orienté les échanges de cette troisième table ronde en insistant dès l’abord sur la vocation politique de l’architecture à travers la fiction. Frédéric Migayrou soutient l’idée que cette fiction est toujours présente et que, malgré le fait que le grand livre d’architecture que tout le monde attend ne soit toujours pas publié, des collections comme Oppositions Reader jouent ce rôle de condensateur des idées d’une époque. Standford Anderson rebondit sur le déroulement de carrière de certains chercheurs qui assument souvent des rôles politiques et sur les stratégies de carrière des doctorants étrangers qui rentrent chez eux avec leur diplôme américain pour occuper des responsabilités importantes. Michael Hays réagit sur le sujet en avançant l’argument qui conduit à ne pas trop chercher le rôle utilitaire des recherches architecturales. Enfin, pour aller dans le même sens, Catherine Ingraham souligne que le doctorat en architecture relève davantage d’une procédure personnelle et passionnelle.

 


 

Quatrième table ronde

 

 

Sous le thème intitulé “ Hospitalité intellectuelle : politiques interdisciplinaires des programmes doctoraux ”, la quatrième table ronde a mis l’accent sur les passerelles établies entre le cœur de la discipline architecturale et les disciplines dites “ connexes ” : quelles méthodes, quelles théories et quels concepts provenant d’autres champs disciplinaires pourraient faire partie du “ discours architectural ” ? Quels codes d’hospitalité de la discipline peut-on en dégager et quelle éthique académique peut-on établir à ce sujet ? Cette dernière table ronde a été présidée par Marc Wigley, professeur et directeur par interim de l’Ecole d’architecture de l’Université de Columbia.

 

Hal Foster, professeur en histoire de l’art à l’Université de Princeton. Critiquant la volonté des écoles d’architecture de s’autonomiser, Hal Foster propose un double constat. Comme discipline, l’histoire de l’architecture est l’hôte de l’histoire de l’art. Comme pratique, l’architecture est le parasite de l’art (sic !). Il rappelle que les doctorats en architecture ont à peine trente ans d’existence alors que ceux d’histoire de l’art sont presque centenaires. Pourtant, Hal Foster reconnaît que l’importance de la recherche architecturale a augmenté en parallèle avec le déclin des études académiques sur l’art. Ce phénomène coïnciderait de son point de vue avec la construction des “ concepts évasifs et amorphes ” de l’architecture et avec l’apparition d’un nouveau genre d’architecte “ sculpteur d’information ”. A ses yeux, la réalité de cette “ pratique avancée de l’architecture ” devrait obliger la recherche à reconsidérer ses méthodes et son caractère interdisciplinaire. Au fond, la recherche actuelle n’assumerait pas pleinement ses vocations théorique et critique.

 

Robert Gutman, architecte et professeur. De son point de vue de sociologue, Robert Gutman se demande pourquoi l’architecture est liée à certaines disciplines et, réciproquement, pourquoi certaines disciplines sont particulièrement intéressées par l’architecture. Il rappelle que les sciences du comportement (behavioral sciences) étaient, comme d’autres sciences humaines et sociales, intéressées par l’architecture dès les années 1960. Une raison à cela était l’importance que prêtaient les services fédéraux américains aux volets sociologiques des études d’urbanisme, notamment pour leur accorder des financements. L’architecture moderne serait en ce sens directement liée aux SHS de par l’importance de la programmation architecturale. Par ailleurs, la politique du logement aux Etats-Unis a également contribué à l’intégration de nombreux architectes au sein des services de l’administration fédérale. Après l’échec relatif de cette politique du logement, on a remis en question la présence des SHS dans la formation des architectes. On a par conséquent milité pour un renforcement de l’autonomie des écoles d’architecture (the “ autonomy project ”). Aujourd’hui, sous les effets de cette évolution, Robert Gutman suggère que soient repensées les relations entre théorie et pratique dans les domaines de l’architecture. Il propose également de mettre en valeur le caractère “ labile ” et “ flexible ” de la discipline qui, tout en restant durablement ancrée dans les domaines du bâti, ouvre un énorme champ de considérations et d’influences tout droit issues des sciences de l’homme et de la société.

 

Catherine Ingraham, directeur du troisième cycle en architecture et urbanisme de l’Institut Pratt (New York). L’interdisciplinarité, pour Catherine Ingraham, est un “ rêve de compagnonnage parfait ” (a dream of a complete companionship) plutôt qu’une réalité. Elle compare le cas de l’architecture avec l’incroyable succès de l’interdisciplinarité dans le champ de la cybernétique. Ce succès, affirme-t-elle, a été possible en écartant la susceptibilité des disciplines associées pour parvenir à élaborer un projet scientifique commun associant mathématiques, psychologie, sociologie, informatique etc. Dans cette logique de pensée, Catherine Ingraham propose l’éloignement du champ traditionnel “ histoire, théorie et critique ” (HTC) au profit d’une “ design intelligence ” à cultiver dans les écoles d’architecture. Se voulant néanmoins rassurante, elle précise qu’à ses yeux il ne s’agit pas de déclarer la mort de la théorie – théorie qui trouverait de toute façon sa place dans le dispositif qu’elle propose –, mais d’insister sur la seule question qui vaille pour le développement des formations doctorales en architecture : comment appréhender les tensions entre le projet d’architecture, l’édifice et les pratiques sociales qu’ils engendrent ?

 

Marc Cousins, professeur, directeur du programme doctoral de l’Architectural Association de Londres. Ayant été directeur du Graduate History and Theory Program de l’Architectural Association pendant de nombreuses années, Marc Cousins veut témoigner que l’interdisciplinarité est sérieusement prise en considération à l’AA. Il rappelle que le doctorat en architecture a été sous l’influence directe des sciences sociales dès les années 1970 et que la plupart des recherches ayant comme objet l’architecture ont été menées en dehors des écoles d’architecture. Il distingue, à cet égard, les questions “ proprement architecturales ” de celles qui font partie d’un “ discours historico-sociologique ” sur l’architecture. En qualifiant de “ dangereux ” les doctorats obtenus à des fins d’accréditation académique, il émet quelques doutes sur l’utilité des sujets doctoraux déconnectés de la réalité. Ces travaux sont à ses yeux très coûteux en temps, en argent et en forces psychologiques. Ils ne sont “ pas nécessairement utiles ” même pour le long terme. En revanche, Marc Cousins se déclare favorable aux études doctorales plus succinctes et plus proches de ce que doit être la réalité des écoles d’architecture, dénuée de barrières intellectuelles et débarrassée de ce qu’il appelle les “ fausses manières d’étudier le problème architectural ” (struggle against the false ways of studying the architectural problem).

 

Discussion. Au cours des échanges qui ont suivi cette table ronde, Robert Gutman a souhaité le retour de la conscience politique (political awareness) dans l’étude académique de l’architecture et de l’urbanisme. D’un point de vue différent, Marc Wigley a revendiqué l’autonomie des études doctorales. Il conviendrait ainsi, selon lui, de libérer les forces créatrices du chercheur pour contribuer plutôt indirectement que directement à la question sociale.

 

 


 

Entretien complémentaire n°1 : Kenneth Frampton

 

 

Kenneth Frampton, architecte et enseignant, directeur de la formation doctorale de l’Ecole d’architecture de l’Université de Columbia.

 

BRAU : Quelles sont les caractéristiques du doctorat en architecture de l’Université de Columbia ?

 

KF : Il existe depuis environ dix ans. Nous inscrivons seulement trois étudiants en doctorat chaque année parce que nous ne disposons que de trois allocations de recherche. Le programme a été initié par Bernard Tschumi et il a été instauré avec un accent particulier sur les XIXème et XXème siècles. C’est un programme en “ Histoire et Théorie ” au sein de l’école d’architecture, ce qui pose la question de son rapport avec des programmes similaires de l’université comme, par exemple, celui d’histoire de l’art se spécialisant en architecture. En réalité, ce qui est en question dans un tel programme de doctorat en architecture est précisément le statut du doctorant, le statut de celui qui est formé en architecture et qui, avec le souci constant de la dimension spatiale des choses, approche son sujet du point de vue historique et théorique. Ici, les doctorants sont financés pour une période de quatre ans. Les deux premières années sont consacrées à des cours et séminaires animés par les enseignants du programme. A la fin de cette période “ en résidence ”, les doctorants doivent passer l’examen du M.Phil. (Master’s Degree in Philosophy) qui les autorise à élaborer une thèse. Les examens du M.Phil. impliquent la préparation d’une “ bibliographie majeure ”, à large spectre, et d’une “ bibliographie mineure ” visant l’approfondissement du thème de recherche choisi par l’étudiant. Sur la base de cette seconde bibliographie, un comité de trois enseignants (dont le directeur de recherche) pose trois questions écrites auxquelles le doctorant doit répondre dans un délai de trois semaines. Ces trois argumentations sont oralement présentées devant les membres du comité auxquels s’ajoute généralement une personnalité qualifiée. Ainsi, en comparaison avec celui de l’Université de Cambridge qui n’a qu’une année préparatoire, le programme doctoral en architecture de Columbia est doté d’une très longue période probatoire. Il convient enfin de remarquer que les doctorants, après deux ans et demi passés à l’école pour cette première phase, ont tendance à rester présents jusqu’à la fin de leurs études doctorales, notamment pour étudier à la bibliothèque Avery ou pour être assistants (ce qui est aussi une condition du financement qui leur est alloué).

 

BRAU : Qu’est-ce qui caractérise les contenus et problématiques scientifiques du programme doctoral de l’Ecole d’architecture de l’université de Columbia ?

 

KF : Je vais citer quelques exemples. Quelqu’un a récemment travaillé sur trois architectes japonais de la période de l’entre-deux-guerres. Une autre personne a travaillé sur le contexte culturel du travail d’Alvar Aalto en Finlande. Il y a eu aussi un travail consacré à l’œuvre de Cedric Price. Un autre doctorant s’est penché sur la maison turque et le Heimatstil en Allemagne. Une recherche est menée sur les immeubles de rapport à Athènes, etc. Dans la plupart des cas, les doctorants travaillent sur les milieux mêmes d’où ils viennent. La condition d’admission à ce programme doctoral est une formation en architecture. Il y a eu quelques exceptions : une personne est venue d’Allemagne pour travailler sur Neurath, mais elle a dû suivre des cours de projet pour être officiellement admise. Les doctorants doivent par ailleurs suivre les cours d’histoire de l’urbanisme et d’histoire de l’architecture moderne par lesquels le doctorat est articulé au master. Ils sont impliqués dans l’élaboration de ces cours et séminaires de deuxième cycle, ce qui leur procure une expérience d’enseignement. Parmi eux, certains parviennent à enseigner le projet, mais nous n’y sommes pas favorables.

 

BRAU : Justement, comment considérez-vous la présence du projet dans la recherche ?

 

KF : Pour le moment, nous sommes relativement réservés. C’est plutôt à Harvard que les questions relatives au projet d’architecture ont été introduites dans le programme doctoral. Cette évolution a fait suite aux critiques exprimées par le gouvernement fédéral selon lesquelles la recherche produite dans le Ph.D. n’était pas “ adéquate ”. Cette question est vraiment très difficile car elle est également liée à ce qu’est la recherche dans d’autres domaines académiques. Située entre application pratique et sciences humaines, l’architecture a toujours eu des relations difficiles avec les universités, même avec les universités techniques. Certains, effectivement, se demandent pourquoi le projet ne peut pas être considéré comme une activité de recherche. Une école doit être ouverte à de nouvelles possibilités. Mais un système pédagogique très ouvert et flexible où des thèmes de projet se succèdent sans structure particulière n’offre pas nécessairement une bonne base pour la recherche : pour appréhender un domaine précis de la connaissance, celle-ci nécessite une régularité et un investissement sur le long terme.

 

BRAU : Le rapport de la recherche avec le projet d’architecture pose la question plus générale du devenir professionnel de l’architecte docteur en architecture.

 

KF : En effet, l’enseignement de l’architecture aux Etats-Unis se trouve dans une période de changement où les postes en “ Histoire, théorie et critique ” (HTC) dans les écoles d’architecture sont de plus en plus limités. La recherche est certainement liée à la production architecturale. Ce qui nous ramène à la question du projet qui pourrait être perçue comme objet de recherche sous certains aspects. Mais une telle perception peut aussi avoir des effets néfastes, notamment si l’on considère qu’avec le projet d’architecture on se retrouve face à la question du génie et de créativité. Dans ce sens, je pense que la réforme européenne de l’enseignement de l’architecture est un phénomène intéressant pour nous. Mais cette opération d’homogénéisation de la formation architecturale ne sera positive que si elle réajuste le contenu et la temporalité des études. Car on ne peut pas produire des thèses de qualité en trois ans. La question qui se pose est la suivante : de quelle sorte d’écoles d’architecture avons-nous besoin, en particulier au niveau du troisième cycle ? Sans doute la solution passe-t-elle par la spécialisation en collaboration avec d’autres disciplines.


 

Entretien complémentaire n°2 : Antony Vidler

 

 

Anthony Vidler, ancien directeur du programme doctoral de l’Ecole d’architecture de Princeton et directeur du département d’architecture de Cooper Union (New York)

 

BRAU : Vous avez été pendant trente ans directeur du programme doctoral à Princeton. Si vous aviez à recommencer, quels seraient vos choix ?

 

AV : Un nouveau programme doctoral devrait pouvoir voir le jour au sein d’un institut de recherche consacré à la “ position pragmatique et éthique de l’architecte ”. Cette initiative scientifique et institutionnelle devrait être directement connectée avec la culture industrielle. Elle devrait prendre en compte la destruction totale des cultures locales, la dévastation générale de la culture écologique et l’annihilation complète de toute sorte de vision architecturale prospective. Des espoirs pour une amélioration prospective de la qualité architecturale avaient était formulés par Patrick Geddes au début du XXème siècle. Malheureusement ces espoirs ont été anéantis par le cynisme des politiques économiques. Cette situation a également affecté le monde académique et l’université est devenue une machine de recherche de fonds pour sa propre survie.

 

BRAU : Croyez-vous donc encore à une approche radicale à la question du savoir ? Serait-ce encore possible face à cette évolution ?

 

AV : Oui, parce que nous disposons de beaucoup plus de connaissances qu’auparavant. Acquises par le biais des recherches au sein des programmes doctoraux en Histoire, Théorie et Critique (HTC), ces connaissances posent tout de même un problème : elles n’ont pas d’objet en elles-mêmes. Un doctorat en HTC relève d’une activité en quelque sorte “ solipsiste ” qui examine en détail le travail de l’un des associés de Neutra où le style d’un jeune moderniste inconnu, mais qui n’est pas en position de dire ce qu’est la connaissance qui est à élaborer en l’état actuel des choses. Très peu de gens, comme Reinhold Martin[1], arrivent à créer par leurs travaux une histoire de l’information ou de la pensée environnementale. Mais ces questions pourraient appartenir à tout autre cycle de formation. Ce seraient les mêmes questions mais elles seraient examinées avec une maturité différente et appréhendées avec une intensité de recherche différente. Quant au Ph.D., il est là pour procurer davantage de culture aux acteurs d’une profession qui, pour la plupart, n’ont pas le temps de se pencher sur ces questions. Les chercheurs sont en ce sens ceux qui distillent la masse d’informations et de connaissances sur l’architecture en vu de passer à l’acte. Les architectes praticiens devraient en effet pouvoir disposer de consultants détenteurs d’un doctorat en architecture afin de prendre des décisions programmatiques. Tel aurait dû être le cas pour le World Trade Center !

 

BRAU : Quel est alors le rapport à l’Université? Sommes-nous devant un doctorat d’architecture orienté vers la réalité ?

 

AV : C’est le même rapport qu’ont par exemple les laboratoires en biologie qui font des recherches sur les structures fondamentales du DNA. Le doctorat en architecture devrait, de la même façon, être orienté vers la vie. Quel est le rôle de l’architecture, sinon de concevoir l’espace pour la vie ? On ne peut pas faire de recherche en architecture quand on sait qu’aujourd’hui on continue à produire des édifices en épuisant les ressources naturelles de la planète, en construisant des Behemoths[2] à la gloire de “ l’esprit corporate ”.

 

BRAU : Cela ressemble pourtant beaucoup aux thèmes sont posées dans le cursus de premier et deuxième cycle d’une école d’architecture.

 

AV : Il n’y a pas beaucoup d’architectes qui pourraient se pencher sur ces matières. Quand je suis arrivé à la direction de cette école, en tant qu’historien-théoricien de l’architecture, je me suis tout de suite mis à reformuler le programme pédagogique de technologies et de sciences du bâtiment, des structures et du design, ainsi que des sciences de l’environnement. Le cursus a été remodelé de telle façon que tous ces domaines restent intégrés l’un à l’autre. La prochaine étape permettra de faire venir à l’école les techniques de modélisation les plus avancées afin que l’étudiant puisse tester son projet dans tous les sens (statique, circulation, couleur, etc.). Moi-même, je donne un cours sur le rapport entre technique et représentation, processus de design et construction. Je m’y prends ainsi parce que je pense que, si le surréalisme nous a aidé à comprendre le XIXème siècle, nous ne pouvons pas voir aujourd’hui notre siècle sans ces nouveaux apports. Tout cela va s’étendre sur un programme de master qui aura trois domaines d’étude (HTC, études urbaines et études technologiques de l’environnement et de la représentation) liés entre eux. Voici le cadre institutionnel dans lequel on est inscrit : pour obtenir son master en architecture (M.Arch. I) aux USA, on peut étudier 4+3 ans (dans le cas où les quatre premières années sont des études généralistes) ou un 4+2 ans (dans le cas où les quatre premières années sont déjà orientées vers l’architecture). On peut même étudier dans un programme universitaire de 5 ans si celui-ci est complètement professionnel. Il existe ensuite des programmes post-professionnels plutôt académiques qui durent 1 an (M.Arch. II). On peut enfin s’inscrire dans un programme de Ph.D.

 

BRAU : Quelles sont les relations entre les programmes doctoraux et les études professionnelles en architecture ?

 

AV : A partir des années 1960, les programmes doctoraux en architecture ont été partie intégrantes de la formation professionnelle en architecture aux Etats-Unis. Ces programmes ont été efficaces (et continuent de l’être) là où ils ne se sont pas renfermés sur leurs propres critères. Le MIT, par exemple, a offert des spécialisations qui étaient nécessaires pour la carrière académique mais qui ont fonctionné comme des silos verticaux indépendants les uns des autres et indépendants de la question du projet. Ces programmes se sont hyper-spécialisés sans prévoir de véritables rapports interdisciplinaires. Personnellement, je reste toujours optimiste et convaincu que le projet d’architecture doit être au centre de l’interrogation architecturale. Interdisciplinarité oui ! Mais il s’agit d’abord de se demander quelles connaissances sont nécessaires et par quelles méthodes on peut acquérir ces connaissances. La question devrait en tout cas s’appuyer sur une profession savante et pas forcément académique, une profession assez instruite pour savoir ce qu’elle a à faire, même si elle ne le fait pas toujours.

 

BRAU : C’est ainsi que vous avez procédé pendant que vous étiez à Princeton ?

 

AV : Oui, en rajoutant qu’à Princeton, nous avons observé deux principes de base : tous les enseignants devaient être titulaires d’un diplôme d’architecte et tous les enseignants devaient enseigner à la fois le projet et une matière théorique. Kenneth Frampton, Alan Colquhoun, moi même et d’autres encore, comme des intellectuels qui se penchent sur leur discipline à la fois du point de vue théorique, historique et projectuel, nous enseignions tous le projet d’architecture. Quant aux étudiants, nous n’avons admis comme doctorant aucune personne sans diplôme d’architecte parce que nous croyons fortement qu’une formation d’architecte change la nature du questionnement et celle des réponses[3]. C’est différent par rapport aux historiens d’art qui étudient le style gothique par exemple. Dans le cas de l’architecte, cette étude serait élaborée par rapport à l’espace gothique, sa construction, l’insertion dans le site, etc. En somme, toutes les questions qu’on se pose dans la profession pourraient devenir partie de l’investigation historique.

 

BRAU : Que répondiez-vous aux critiques qui reprochaient aux écoles d’architecture d’être un peu trop sur la défensive face à l’histoire d’art ?

 

AV : L’histoire de l’art offre des méthodes et des informations utiles à un chercheur en architecture. Si l’on veut compléter sa bibliographie sur Alois Riegl, on a recours à l’historiographie de l’art et l’on trouve d’excellents travaux sur le sujet. Mais ensuite on pourra avoir sa propre interprétation sur les monuments et la monumentalité à l’aide de Giedion et de sa “ nouvelle monumentalité ”. Ainsi verra-t-on que la notion de monumentalité diffère entre art et architecture.

 

BRAU : Quelle serait le devenir professionnel d’un docteur en architecture ?

 

AV : Architecte, maître d’ouvrage, professeur en architecture et même concepteur de sites Internet. La majorité de mes étudiants se sont engagés dans l’enseignement, soit en tant qu’administrateurs, soit en tant que chercheurs, soit en tant qu’enseignants.

 

BRAU : Craignez-vous une “ académisation ” de la recherche architecturale ?

 

AV : Bien sûr que je la crains ! Je pense que les nouveaux programmes doctoraux vont envier une certaine solidité des programmes HTC en architecture (cf. utilisation des méthodes de l’histoire sociologique, anthropologique, etc.) alors qu’au fond l’architecture est un domaine lui-même très désordonné (messy).

 

BRAU : Pourquoi l’architecture ne profiterait-elle pas de la liberté que procurent les théories de Feyerabend contre la méthode ?

 

AV : Je pense que c’est là précisément sa liberté. La liberté d’un programme doctoral en architecture c’est de pouvoir “ piller ” d’autres disciplines et en intégrer certaines parties. Si la recherche architecturale se définit par sa vocation d’interroger le statut de l’architecture, on peut recourir à d’autres méthodes : la sociologie pour les questions d’usage ou la théorie de la réception en littérature pour aider à comprendre la réaction psychologique des usagers dans l’espace. Les conditions de la recherche architecturale en France sont particulièrement bien adaptées à cet échange de méthodes ; et cela précisément parce que le doctorat en architecture, avec ses gourous et ses disciples, n’existe pas encore dans les écoles d’architecture. En France, vous pouvez établir une nouvelle tradition basée sur la pensée radicale propre à la théorie française qui est d’ailleurs anti-académique et interdisciplinaire. Cela pourrait conduire à une sorte de “ Collège de France en architecture ” qui pourrait prendre des postures anthropologiques semblables à celles des années 1920-1930 dans les cercles des écrivains, des artistes, etc. Il y a assez de jeunes intellectuels en France pour penser le statut de l’architecture et de la culture à leur échelle locale et globale. Il y a donc matière à constituer une sorte de base génétique pour l’établissement d’un programme unique de recherche architecturale, non pas dans les écoles d’architecture actuelles qui sont trop associées à des manières précises d’aborder l’architecture, mais plutôt au sein d’institutions comme l’IFA où des chercheurs reconnus pour leurs travaux pourraient les développer davantage.


 

Entretien complémentaire n°3 : Marc Wigley

 

 

Marc Wigley, architecte, directeur par intérim de l’Ecole d’architecture de l’Université de Columbia.

 

BRAU : En tant qu’ancien enseignant dans un programme doctoral en architecture (Princeton) et actuel directeur de l’Ecole d’architecture de Columbia, quelle est votre position par rapport à un doctorat lié au caractère professionnalisant de l’enseignement de l’architecture ?

 

MW : Chaque école est différente. A Columbia, on essaye d’une part de procurer à chaque étudiant un état de l’art sur la discipline. On tente d’autre part de développer de nouvelles idées sur ce que pourrait et devrait être la profession. C’est pour cela qu’on a besoin d’un programme doctoral. Aussi l’un des objectifs principaux d’un programme de Ph.D. est-il de repenser le champ de l’architecture. Dans une école de premier rang comme celle-ci, le Ph.D. est en effet partie prenante de la formation professionnelle. Il participe des responsabilités professionnelles parce qu’il développe des idées qui peuvent changer les conditions de la profession. Cela peut être très indirect. Par exemple, on ne sait pas comment l’étude d’une porte du VIIIème siècle pourrait changer les choses, mais on sait qu’une nouvelle réflexion sur le passé peut changer entièrement notre manière contemporaine d’agir. En ce sens, le Ph.D. aide la profession à se diriger dans un futur incertain. D’un autre point de vue, le doctorat est important en ce qu’il relie l’Ecole d’architecture à l’Université. C’est la partie de l’Ecole qui ressemble le plus à ce qu’il y a autour et c’est ainsi nous pouvons nous connecter aux autres disciplines.

 

BRAU : Y aurait-il donc un rapport entre une Ecole d’architecture de premier rang et une pensée architecturale d’avant-garde ?

 

MW : En général, la formation professionnelle est plus “ progressive ” et la formation doctorale plus “ traditionnelle ” et sérieuse. Mais ce schéma pourrait être renversé. Dans un certain sens, la manière d’enseigner le projet d’architecture est devenue aujourd’hui assez académique et répète peut-être trop souvent les mêmes expériences. Une école doctorale en architecture pourrait être plus radicale puisque par définition ouverte sur le futur, même dans son étude du passé.

 

BRAU : Le Ph.D. pourrait-il remettre en question les méthodes traditionnelles de production du savoir ?

 

MW : Oui, mais on pourrait aussi utiliser des méthodes traditionnelles pour aboutir à des résultats non traditionnels. Une thèse “ ennuyeuse ” peut avoir des effets innovants et une recherche très radicale peut n’avoir strictement aucun effet sur la connaissance.

 

BRAU : Si vous aviez à penser une nouvelle structure de formation doctorale, que seriez-vous amené à changer ?

 

MW : J’apprécie en général l’organisation actuelle des formations doctorales. J’ai en tête deux systèmes d’organisation doctorale qui sont différents. Il y a le système anglais dont je suis issu et dans lequel, après accord avec son directeur de thèse, on commence immédiatement la recherche. Il y a également le système américain où l’on suit des cours et des séminaires pendant deux ou trois ans avant de commencer sa recherche. Les deux sont bons à leur manière : le système américain offre plus de préparation pour un travail plus précis, mais il laisse moins de temps pour la recherche personnelle.

 

BRAU : La situation française ne relèverait-elle pas d’une autre organisation de la recherche doctorale inscrite dans la logique institutionnelle des laboratoires, un peu comme dans le cas de l’IUAV[4] ?

 

MW : C’est une option très positive mais, dans le cas de Tafuri, la situation était très difficile pour les doctorants qui travaillaient sous l’influence d’une certaine méthode. Les “ petits Tafuris ” vont ensuite en former d’autres, encore plus petits, ce qui fait disparaître la diversité de la pensée. L’idée de laboratoire est bonne à condition qu’il y en ait plusieurs qui interagissent dans la création d’une formation doctorale. L’autre problème avec ce système est que les étudiants écrivent, pour ainsi dire, les notes de bas de page pour le maître. Je préfère que l’étudiant devienne très rapidement un leader. Le but du directeur n’est pas d’avoir un système particulier de pensée à transmettre à l’étudiant, mais plutôt de créer un contexte qui pourra faire ainsi que chaque étudiant puisse générer son propre système de pensée et de travail. Par conséquent, le système de laboratoire est bon pour quelque temps et ensuite il s’épuise. Cela s’explique très bien par la philosophie de la science : la science avance par la production d’un certain type de connaissance basée sur un certain type d’appréhension du monde. Soudain une crise éclate et un tout nouveau type d’appréhension apparaît. La question se pose ainsi : comment traite-t-on ces changements au sein d’une formation de recherche.

 

BRAU : Alors, dans ce moment de crise des grands récits, comment peut-on réactiver la machine ?

 

MW : En effet, le doctorant est toujours seul et dans l’obscurité par rapport à son objet. C’est en cela qu’il ressemble beaucoup à celui qui conçoit les projets d’architecture. En recherche, on construit attentivement chaque pas en avant. De la même façon, aujourd’hui, la profession d’architecte devrait se construire graduellement.

 

BRAU : Entendez-vous par cela que le Ph.D. devrait s’appliquer à répondre aux questions professionnelles de l’architecture ?

 

MW : Non, je pense au contraire qu’il devrait être déconnecté de ces questions. L’objectif du Ph.D. est de conduire le chercheur vers l’inconnu. Si le doctorat en architecture devait donner des solutions, cela voudrait dire que la fin des choses nous est connue. Le Ph.D. est une forme d’intelligence et non pas une théorie particulière ! C’est une manière de penser le futur, l’inconnu, en connaissant tout ce qui peut être connu.

 

BRAU : Quelle est votre position critique face aux formations doctorales des Etats-Unis ?

 

MW : Elles ont chacune leurs qualités mais j’aurais préféré que chaque école ait une formation différente. Princeton a une recherche plus expérimentale et un programme pédagogique moins clair en termes de contenus. Le Ph.D. du MIT est un programme clair et systématique avec une équipe d’enseignants de grande qualité. Celui de Harvard est très mal organisé, peu programmé, mais de bonne qualité. Celui de Columbia se trouve quelque part au milieu.

 

BRAU : Columbia n’aurait-il pas le plus jeune programme aux USA ?

 

MW : Oui, avec celui de Harvard. Et même si je ne suis pas personnellement impliqué dans la formation doctorale de Columbia, je pense que ce doctorat en architecture ne devrait pas produire de recherche appliquée. Par contre, les acteurs du doctorat en architecture (enseignants et doctorants) devraient être impliqués dans l’enseignement du projet, aidant ainsi les étudiants en architecture à être plus proches de la théorie et les thèses de doctorat en architecture à être plus proches de la pratique.


 

Programme du colloque

 

Discipline Building: A Short History of the Ph.D. in Architecture

Princeton University School of Architecture

April 2-3 2004

During the 1960's, a small number of prominent architectural schools initiated discussions about the need to train architectural historians able to contribute directly to the education of architects in professional schools, and subsequently moved towards having Ph.D. programs approved by their respective universities. The eventual establishment of these programs in the tale 1960's and 1970's constituted a significant disciplinary shift. New forms of teaching and scholarship emerged.

Research iota this topic was initiated by Beatriz Colomina in the fall 2002 Ph.D. seminar "The Ph.D. in Architecture: A Short History:' So many unanswered questions and unwritten histories emerged during the course of the seminar that we planned this conference in order to further address the issues raised.

 

 

Friday Afternoon, April 2

2:45 Conference Introduction by Beatriz Colomina

3:00 Panel 1: Writing Architecture: Architects vs. Historians

How does this new form of scholarship relate to the continuing tradition of practicing architects writing history? How does it relate to the tradition of architectural historians as protagonists in the re-shaping of contemporary practices?

Diana Agrest - Discursive Transferences: Autobiographical Notes

Peter Eisenman - The Importance of Sitting Still forThree Years

Mark Jarzombek - History/Writing: Between a Rock and a Hard Place

Denise Scott Brown - Learning and Doing in Architecture: $orne Issues and the Minutes of Some Meetings

Sarah Whiting - Promising Fictions

Moderator: Beatriz Colomina

Organizer: Shundana Yusaf

 

 

Saturday Morning, April 3

9:30 Panel 2: University Inscription: The Founding Programs

How did Ph.D. programs affect the status of architecture schools in the university and how did the new

form of research change the training of architects?

Stanford Anderson - HTC: History, Theory and Criticism of Architecture, Art, and Environmental Studies

Kathleen James - 'Ali Past Buildings will be Deemed Worthy of Study': The Berkeley Ph.D. Program and its Interdisciplinary Orientation

Sylvia Lavin - Lost in Translation

Christian Otto - Program and Purpose

Anthony Vidler - Methods Architectural and Historical

Moderator: Anthony Vidler .

Organizer: Michael Su


Saturday Afternoon, April 3rd

1:20 Panel 3 : The Gatekeepers: Archives and Distribution

How have the books, conferences, and other forms of media produced by Ph.D. candidates and graduates

aftected the way that architecture is consumed outside of the academy?

MichaelHays- Ph.D.,Counter-Practice

Sanford Kwinter - What are the New 'Positivities' and How MightWe KnowThem?

Phyllis Lambert - The Archive as 'Open Site': Documents, Knowledge, Interpretation

Frederic Migayrou - Architecture: Elements for a Speculative Collection

Moderator: Felicity Scott

Organizer: Ann Marie Brennan

 

 

Panel 4 : Intellectual Hospitality: The Interdisciplinary Politics ofPh.D. Programs

How did the establishment of Ph.D. programs codify what methods, theories, and concepts from other disciplines could become part of architectural discourse? What are the codes of hospitality of the discipline, and how can we think its ethics?

Mark Cousins - Help, Help, My Child the Doctor is Drowning!

Hal Foster - Architectural History as the Host of Art History (Architecture as the Parasite of Art)

Robert Gutman - Doctoral Programs in Professional Schools

Catherine Ingraham - Importing and ExportingTheory in Architecture

Moderator: Mark Wigley

Organizer: Meredith TenHoor

 

 

 

This conference is sponsored by contributions from the Graham Foundation, the Princeton University

School of Architecture, the Graduate School at Princeton University, the Program in Media and Modernity, the McGraw Center for Teaching and Learning, the Department of History, and the Department of Art and Archaeology. In addition, the Graham Foundation has generously allowed for future funding towards a publication consisting of bath conference proceedings and documentation The organizers of the conference wish to thank Cynthia Nelson, Linda Greiner, Fran Corcione, Rena Rigos, Amy Herman, Matthew Bernstein, Don Albury, Leonardo Diaz,Romy Hecht, Jeanne Kim,Joaquim Moreno, Stephen Phillips, Rafi Segal, Diana Su, Eis Verbakel, Shawn Mackinnon, and Landry Smith for their generous assistance with this conference.

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Eléments biographiques des participants :

 

 

 

Diana Agrest is an educator, writer and a practicing architect. She is currently a Professor of Architecture At The Cooper Union and a principal of Agrest and Gandelsonas Architects. She has been involved in projects in the USA, Asia, Europe and South America. Her work has been widely exhibited bath in the United States and abroad. Her most recently completed project is the Melrose-Community Center in New York. Both her work and writings have been widely published including: Architecture, Progressive Architecture, Architectural Recorp, Architecture and Urbanism, Architecture d'Aujourd’hui, Architectural Design, De Architect, Planning, Lotus, Oppositions, Architectural Digest, HG, Design Ouarterly, Assemblage, Summa, Casabella, The New York Times, Le Figaro, Clarin, La Nacion, etc. Her book length publications include Architecture from Without: Theoretical Framings for a Critical Practice, 1991 and The Sex of Architecture, (co-editor) 1996. She did post-graduate work at the Ecole Pratique des Hautes Etudes VI Section CNRS, and at the Centre de Recherche d'Urbanisme in Paris.

 

Stanford Anderson is an architect, Professor of History and Architecture, and Head of the Department of Architecture at the Massachusetts Institute ofTechnology, Cambridge, Massachusetts, where he has taught since 1963. He is the AIA/ACSA Topaz Laureate for 2004. His research and writing concern architectural theory, modern architecture in Europe and America, American urbanism, and epistemology and historiography. Among his numerous publications, he translated and wrote the introductory essay for Hermann Muthesius: Style-Architecture and Building-Art: Transformations of Architecture in the Nineteenth Century and its Present Condition (Santa Monica, CA:The Getty Center, 1994). He is the author of Peter Behrens: A New Architecture for the Twentieth Century (Cambridge, MA: The MIT Press, 2000; Italian edition, Milan:Electa, 2002). He is the editor of Eladio Dieste: Innovation in Structural Art (New York: Princeton Architectural Press, June 2004). Anderson was educated in architecture at the universities of Minnesota and California, and holds a Ph.D. in history of art from Columbia University. He was a Fulbright fellow in Munich in 1961-62, taught at the Architectural Association in London in 1962-63, and was a resident Fellow of the Institute for Architecture and Urban Studies in New York, 1970-1972. He was director of MIT’s Ph.D. program in History, Theory and Criticism of Art, Architecture, and Urban Form from its founding in 1974 to 1991 and in 1995-1996.

 

Beatriz Colomina is Professor of Architecture and Founding Director of the Program in Media and Modernity at Princeton University. She is the author of Architecture Production (1988), Sexuality and Space (1992) and Privacy and Publicity: Modern Architecture as Mass Media (1994). She has been on the editorial board of Assemblage, Daidalos, and Grey Room, and she is currently completing a book on the relationships between war and modern architecture in the context of the USA in the years following World War Il, entitled Domesticity at War: 1945-61. A collection of essays on art entitled Double Exposure: Architecture Through Art is forthcoming. She recently received a Graham Foundation grant for her research project "X-Ray Architecture: IIlness as Metaphor."

 

Mark Cousins is Director of the Histories and Theories program and also of the General Studies at the AA. He is also currently Visiting Professor at Columbia University. He has lectured widely in Architecture Schools in bath Europe and in the USA.

 

Peter Eisenman is an internationally recognized architect and educator. He has designed a wide range of projects, including large-scala housing and urban design projects, innovative facilities for educational institutions, and a series of inventive private houses. His current projects include the six-building City of Culture of Galicia in Santiago de Compostela, Spain; the Memorial to the Murdered Jews of Europe in Berlin; and a stadium for the NFL Arizona Cardinals. Mr. Eisenman's academic career includes teaching at the universities of Cambridge, Harvard, Ohio State, and The Cooper Union in New York City. He is currently the Louis Kahn Professor of Architecture at Yale and a visiting professor at Princeton University. Mr. Eisenman has published widely and written several books, most recently, Blurred Zones: Investigations of the Interstitial, Eisenman Architects 1988-1998 and Giuseppe Terragni: Transformations, Decompositions, Critiques, published this year by Monacelli Press.

 

Hal Foster is the Townsend Martin Class of 1917 Professor of Art and Archaeology at Princeton University. He received his Ph.D. from CUNY and has written widely about contemporary art and architecture.

 

Robert Gutman was educated in the social sciences and architecture at Columbia University, the London School of Economics, Princeton University and the Bartlett School of Architecture of London University. He is the author and editor of six books dealing with the interrelations between architecture and the social sciences, and of over one hundred fifty articles and essays in the fields of housing, professional practice and environ mental design published in academic and professional journals . Prof. Gutman has received fellowships and awards from the Social Science Research Council, the Population Council, the Ford Foundation, the National Science Foundation, the National Institutes of Health, the Graham Foundation and the National Endowment for the Arts. ln 1985-86 and again in 1998-99, Prof. Gutman was a Visiting Member of the Institute for Advanced Study in Princeton. He has served on research and policy making committees of the National Academy of Sciences, the National Institutes of Health, the Building Hesearch Board, the American Institute of Architects, and the Royal Institute of British Architects. He is former chairman of the Environmental Design Research Association. Prof. Gutman has been a member of the advisory councils of the architecture schools at Harvard, Cornell, Parsons, Rice, and Washington University (St. Louis). He is an honorary member of the American Institute of Architects.

 

K. Michael Hays is the Eliot Noyes Professor of Architectural Theory at the Graduate School of Design, Harvard University, and Chair of the Ph.D. Program. In 2000 he was appointed the first Adjunct Curator of Architecture at the Whitney Museum for American Art. He founded and, until 2000 edited Assemblage, a critical journal of architecture and design culture that helped develop architecture theory as a scholarly discourse. His books include Modern Architecture and the Post-humanist Subject (1992) and Architecture Theory Since 1968 (1998).

 

Catherine Ingraham is author of Architecture and the Burdens of Linearity (Yale University Press, 1998) as weil as numerous other publications on architecture and architectural theory. Her most recent book, Architecture and Post-Animal Life, is forthcoming from Routledge in 2005. She is Chair of the Graduate Architecture and Urban Design program at Pratt Institute in NewYork.

 

Kathleen James-Chakraborty received her B.A. in Art History from Yale University and her Ph.D., also in Art History fram the University of Pennsylvania. She has taught at the University of Minnesota and at the University of California, Berkeley, where she is currently an associate professor. She is the author of Erich Mendelsohn and the Architecture of German Modernism, "ln the Spirit of Our Age:" Eric Mendelsohn's B'nai Amoona Synagogue, and German Architecture for a Mass Audience. She is currently writing a book on Louis Kahn.

 

Mark Jarzombek, who has taught at MIT since 1995, has worked on a range of historical topics from the Renaissance to the modern. He has also worked extensively on nineteenth and twentieth century aesthetics. His most recent book, The Psychologizing of Modernity, Art, Architecture and History (2000), pays special attention to the writings of aestheticians, historians and practitioners. He is currently co-writing a textbook entitled Global History of Architecture. He received his Ph.D. from MIT in 1986.

 

Sanford Kwinter is associate professor of architecture at Rice University in Houston. ln 2001, he collaborated with Rem Koolhaas and Stefano Boeri on Mutations, an exploration of global urbanization. The author of Architectures of Time: Toward a Theory of the Event in Modernist Culture (MIT Press, 2001) and the forthcoming Far From Equilibrium: Essays on Technology and Design Culture (Monacelli, 2004) Kwinter has edited numerous works on science, technology, and design, including Rem Koolhaas: Conversations with Students (1996) and Pandemonium: The Rise of Predatory Locales in the Postwar World (1999; both Princeton Architectural Press). A founding editor of the Journal ZONE and Zone Books, Kwinter was coeditor of ZONE ½ The Contemporary City (1986) and ZONE 6 Incorporations (1993).

 

Phyllis Lambert is Founding Director and Chair of the Board of Trustees of the Canadian Centre for

Architecture, Montreal (CCA). Lambert framed and developed the collection of the CCA over a period of more than three decades before the institution opened to the public in 1989. Her recent publications

include: Fortifications and the Synagogue: The Fortress of Babylon and the Ben Ezra Synagogue, Cairo (1994); Viewing Olmsted: Photographs by Robert Burley, Lee Friedlander, and Geoffrey James (1996) and Mies in America (2001).

 

Sylvia Lavin is the Chair of the Department of Architecture and Urban Design at UCLA and writes widely on contemporary architecture and theory. She will be a Getty Scholar in 2004-05 and her new book, Form Follows Libido: Architecture and Richard Neutra in a Psychoanalytic Culture is forthcoming from the MIT Press.


Frederic Migayrou is a philosopher, writer and critic. He serves as adviser for the French Ministry of

Culture and as Chief Curator of the Department of Architecture & design, MNAM-CCI, Centre Georges Pompidou, Paris. He is the founder of the Architecture Collection of the FRAC Center and Archilab in Orléans, France. Exhibitions curated by Migayrou include the French Pavillon Venice Biennale (1996) and the Exhibition "Radicals, 1966-1976"(Köln, Lyon,Valencia, Sevilia, Firenze...)

 

Christian Otto is professor of the History of Architecture and Urbanism in the College of Architecture, Art, and Planning at Cornell University. He received Cornell's Outstanding Educator award in 1997, and has - been recognized in other ways, including Cornell's Paramount Professor Award (1992) and a Fulbright fellowship (1990). He has presented many lectures on eighteenth-century and modern German and Austrian architecture at major venues. He is co-editor of The Utility of Splendor, Ceremony, Social Life and Architecture at the Court of Bavaria, 1600-1800 and co-author of Weissenhof 1927 and The Modern Movement in Architecture. He has served as editor and book review editor of the Journal of the Society of Architectural Historians.

 

Felicity Scott is an Assistant Professor in the Art History Department at the University of California at

Irvine. She is a founding editor of the journal Grey Room. Her work has appeared in publications such as October, Assemblage, The Journal of Architecture, ANY magazine, Lotus, and Harvard Design Magazine. Denise Scott Brown received masters of city planning and architecture degrees from the University of Pennsylvania. She is a principal of Venturi, Scott Brown and Associates. She has taught and published widely and is the author of Urban Concepts (1990) and co-author of Learning From Las Vegas (1972) and Architecture as Signs and Systems (publication 2004). With Robert Venturi, she launched a critique of architectural Modernism. Her research and teaching have focused on the architecture and urbanism of the everyday. Her portfolio includes planning for historic districts in Galveston, TX, and Miami Beach, FL; a plan for downtown Memphis; the Perelman Quadrangle at the University of Pennsylvania; the Palmer Drive Life Sciences complex at the University of Michigan; and campus plans for Dartmouth, Bryn Mawr and Williams Colleges, for Harvard and Brown Universities, and for the Universities of Pennsylvania, Kentucky and Michigan.

 

Anthony Vidler is a historian and critic of modern and contemporary architecture, specializing in French architecture from the Enlightenment to the present. He received his B.A. in Architecture and Fine Arts, and his Diploma in Architecture from Cambridge University, England. Dean Vidler was a member of the Princeton University School of Architecture faculty from 1965-93, during which time he served as the Chair of the Ph.D. Committee and Director of the Program in European Cultural Studies. He was appointed the William R. Kenan Jr. Chair of Architecture in 1990. ln 1993 he took up a position as professor and Chair of the Department of Art History at UCLA, with a joint appointment in the School of Architecture trom 1997. Vidler was appointed Acting Dean of the Irwin S. Chanin School of Architecture of The Cooper Union in 2001, and has served as Dean of the School since 2002.

 

Mark Wigley is a Professor at the School of Architecture, Planning and Preservation at Columbia

University. He is the author of Deconstructivist Architecture (1988), The Architecture of Deconstruction: Derrida's Haunt (1993). White Walls, Designer Dresses: The Fashioning of Modern Architecture (1995), and Constant's New Babylon: The Hyper-Architecture of Desire (1998). He co-edited The Activist Drawing: Situa tion ist Architectures from New Babylon to Beyond (2001), and is currently working on a prehistory of

virtual space.

 

Sarah Whiting is Associate Professor of Architecture at the Harvard University Graduate School of Design and a design principal in the architectural firm WW. She received her Ph.D. from MIT.



[1] Reinhold Martin, enseignant à l’Ecole d’architecture de Columbia, auteur du livre The Organizational Complex : Architecture, Media, and Corporate Space, MIT Press, 2003.

[2]  Behemoth : déité démoniaque dans le culte juif [ndlr]

[3] La formation doctorale de l’Ecole d’architecture de Princeton inscrit en doctorat 3 à 4 personnes chaque année en leur offrant une allocation de recherche couvrant leurs frais [N. R].

[4] Référence faite au Département d’histoire de l’architecture à l’Institut universitaire de l’architecture de Venise (IUAV) dirigé dans le passé par Manfredo Tafuri [N. R.]