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LA RECHERCHE

ANNÉE UNIVERSITAIRE

  Architectures, Milieux, Paysages ex (Jardins, Paysages, Territoires) 
Equipe de recherche
RESPONSABLE SCIENTIFIQUE
Jean-Pierre LE DANTEC

SECRÉTAIRE GÉNÉRAL
Arnauld LAFFAGE
COORDINATEUR
Mongi HAMMAMI
Adresse postale
144 avenue de Flandres, 75019 Paris ou 118-130 avenue Jean Jaurés - 75019 Paris
Téléphone : 01.53.72.84.58
Télécopie  : 01.53.72.84.78
jpt@paris-lavillette.archi.fr

Thémes de recherche et "LIEUX" du paysage

1. PHILOSOPHIE ET « LIEUX » DU PAYSAGE
Philippe NYS, Nikola JANKOVIC
Thème 1
Pittoresque marchand ou sublime technologique ?

Philippe NYS
Thème 2
Paysage à l’ère des reproductibilités technologiques
Nikola JANKOVIC

 
On considérera ici que le paysage est pris dans une tension - tout à la fois technique, politique, esthétique et historique - entre dispositif (Gestell dont l’horizon est un design total) et disposition affective (Stimmung dont l’horizon est une expérience formatrice), que celle-ci soit « vécue » par et dans l’expérience d’une tonalité mélancolique profonde devant la disparition inévitable de toute chose, dans la vision d’un thaumazein philosophique émerveillé et curieux devant le spectacle du monde, dans une vision extatique de type mystique ou mystagogique ou encore dans une exaltation, elle aussi émerveillée, devant la puissance de recréation et de métamorphose générée par la technique et ses machineries. Paraphrasant la thèse de Heidegger - « l’essence de la technique n’est absolument rien de technique » -, et la confrontant à la thèse de Benjamin, on interprétera la question du paysage en disant que « l’essence du paysage n’est rien de ’paysager’ ». C’est dans cette perspective qu’il s’agit de penser les relations (étroites et duelles) entre jardin et paysage, jardin et bâti ou ville et paysage, leurs assemblages historiques ainsi que les noeuds, horizons, points et champs d’intensités complexes tissés entre ces polarités produits par l’art architectural.
Thème 1
Pittoresque marchand ou sublime technologique ?
Philippe NYS

Les recherches qui seront menées dans le cadre de La Villette s’inscriront dans la continuité du fil directeur des recherches menées au Collège international de philosophie (CIPH) depuis 1990, à l’EHESS (1997-1999) et au Japon (Kyôto, Graduate School of Environmental and Human Studies, 2000 – Meiji University Tôkyô 2001/2002). Ces recherches consistent en la construction d’une herméneutique et d’une méta-poïétique des lieux de l’habiter dont « Paysage » peut être considéré comme le mot fédérateur, comme l’était « cosmos » dans la pensée grecque archaïque, classique et hellénistique. S’appuyant sur les arts in situ ou arts des lieux en général qu’il faut comprendre, au minimum, in et ex situ (la strate anthropologique), in actu (l’expérience, le projet), in visu (les re-présentations), différents travaux ont été conduits collectivement (1995, 1996, 1997, 1998), éditorialement (Ritter : 1997) et individuellement (Nys : 1999).

D’un point de vue philosophique, il nous semble de plus en plus nécessaire de relier généalogiquement et archéologiquement (Foucault) les domaines de l’homme ici concernés (Castoriadis) à la production contextuelle des savoirs (Latour), plus encore à celle de l’opérativité engendrée par les performances techniques (Peter Rice), des métiers et savoir-faire impliqués dans la production contemporaine des lieux par le dessein (Dürer, Brusatin), le design (Eames, Burgin), les media (McLuhan), et les nouveaux matériaux, produisant aujourd’hui tout à la fois un monde de choses et de non choses (Heidegger, Flusser).

Pour élaborer et éprouver ces perspectives théoriques de manière spécifique, nous nous appuierons sur notre réponse à l’appel d’offres du BRAU « art, architecture, paysage ». Avec une équipe internationale et interdisciplinaire, celle-ci consistera, notamment, à travailler à l’analyse et à l’élaboration d’un pittoresque proprement contemporain, à l’œuvre à l’échelle de la planète à partir de trois terrains d’étude, Ile de France, Chicago et son arrière pays, Tokyo. La beauté moderne est-elle encore possible ou serait-elle désormais vouée au pittoresque marchand de bas étage ou au sublime technologique ? Se trouvant dans une position plastique spécifique, différente du beau et du sublime, le pittoresque est d’emblée et de manière structurelle, capable de répondre aux préoccupations esthétiques des masses car il permet d’associer volonté créatrice, culture de masses et sentiment d’appartenance identitaire. A la charnière des XVIIIème et XIXème siècles, deux inventions techniques - les machines aériennes et les technologies de l’image (photographie, vidéo, numérique) - créent une situation nouvelle, devenue le pain quotidien des masses humaines. La performance de la photographie aérienne, empreinte cristallisée d’un morceau d’histoire spatiale, devient l’un des éléments fondateurs de notre contemporanéité en conjuguant, en une seule prise, deux pulsions anthropologiques fondatrices de l’être-au-monde, le temps et l’espace. Avec la verticale qu’elle offre, l’assujettissement des surfaces terrestres et des vies qui s’y déroulent révèlent sans pardon la puissance de modelage de la terre par la technique, destructrice de formes autant que formatrice de couches. Outil visuel de l’aménagement du territoire au XVIIIème siècle, le pittoresque lie et implique une modification plastique des paysages, de leur perception et de leurs usages, et ce, à partir d’un système de signes et de codes organisant les rapports entre détails et grandes échelles, ici et ailleurs, « moi » individualisé et dehors « paysager ». C’est là que le massage (invisible) d’un medium devient efficace (McLuhan) dans la mesure où le medium (l’objet pittoresque) pénètre profondément et de manière subreptice les consciences, organe et production d’une bulle spatiale, témoignant pour la globalisation. Tel est l’horizon des recherches qui seront menées et finalisées par différentes activités et productions : publication des séminaires de la recherche dans un ouvrage à paraître chez Champ Vallon, rédaction de mots clés pour un dictionnaire du paysage (éditions Puf), dictionnaire coordonné par Odile Marcel et Philippe Nys, traduction du « Shin Sakuteiki » livre de Shigemori Mirei.

Thème 2
Paysage à l’ère des reproductibilités technologiques
Nikola JANKOVIC
Cette étude – qui reprend un intitulé célèbre de Walter Benjamin – se présente comme le premier volet d’un projet plus large consacré aux paysages microbiosphériques et aux paysages extraterrestres. Par-là, ce travail se propose de mettre en évidence l’existence d’« enclos d’éclosion » dans les paysages desquels l’humanité a pu instituer, dans le rapport problématique de son appartenance à la nature, sa relation écouménale à l’étendue terrestre. S’appuyant sur une méthode kantienne, il s’agit de passer en revue cette « onto-topologie » sous le jour d’un régime de permanence et d’évolution de quatre « schèmes » historiques : la « Clairière paradisiaque » (1), l’« Île utopique » (2), la « Serre métropolitaine » (3) et le « Parc humain » (4). Ce thème s’arrête plus particulièrement sur la mise en scène de la nature durant le Romantisme allemand (Erdlebenbildkunst) ainsi que sur les dispositifs spectaculaires dio-, pano- et géo-ramiques. Par la vastitude de son panorama historique et géographique, il organise sous un jour nouveau une certaine compréhension de la modernité occidentale. Commençant par les premières représentations végétalisées du Paradis, elle se termine sur l’exposé « onto-graphique » des positions heideggeriennes inattendues à l’égard de la zoologie de Jakob von Uexküll, de la physique quantique de Werner Heisenberg et de la cybernétique de Norbert Wiener – mais aussi des écrits récents de Giorgio Agamben (2002), Jürgen Habermas (2002), Philippe Lacoue-Labarthe (2002), Jean-Luc Nancy (2002) et Peter Sloterdijk (2002).
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